dimanche 30 décembre 2012

Les faiseuses de Roi


Il y aurait, de nos jours, encore une cinquantaine de monarchies à travers le monde. L’Empire britannique compterait, à lui seul, 16 nations sous l’autorité souveraine d’Elisabeth II contre  17 rois éparpillés sur la surface du globe.  Ajoutez-y 2 Reines, 1 Empereur, 1 Sultan, 1 Emir, un Grand-Duc, quelques Princes et un Pape, et vous avez fait le tour des monarchies actuelles.

De nos jours, et ce malgré le respect qui demeure dans l’esprit des peuples concernés, Reines et Rois n’ont plus qu’une autorité symbolique sur leurs sujets, et ne peuvent plus vraiment intervenir dans les décisions de gouvernance de leur Royaume. A l’exception bien sur des monarques absolus installés au Proche-Orient.

Souveraines et souverains nous accompagnent depuis la nuit des Temps, de notre enfance à notre trépas.
Leurs histoires, empreintes de magies, d’acier et de sang, se narraient autour d’un feu, il y a bien longtemps, avant que ces légendes ne soient retranscrites dans des livres que l’on n’oserait toucher, sous peur de les voir tomber en poussière. Aujourd’hui nos enfants découvrent la chevalerie grâce à Walt Disney… Hollywood revisite les mythes ancestraux, l’école nous abreuve de monarques Français, et c’est dans People magazine que l’on trouve la plupart des témoignages récents de l’existence des royales lignées contemporaines. Sans oublier, la Bible.

Bien que nous puissions penser qu’un homme soit installé sur un trône par la volonté d’un peuple, ou par une divine destinée, c’est bien une force plus obscure et pragmatique qui porte un individu sur un siège royal et l’y maintient, ou pas. Cette entité, c’est l’armée.
En un demi-siècle, combien de gouvernements sont tombés suite à des coups d’états, combien de Présidents, ou de Rois, ont été destitués par des généraux ? Le dernier en date étant, bien entendu, monsieur Hosni Moubarak. L’armée chargée de protéger son président s’est retirée pour que ce dernier soit confronté à la colère du Peuple avant d’être jugé par sa justice.
Si l’armée représente la sécurité pour l’Etat, elle représente aussi un danger pour les dirigeants de nations moins démocratiquement élu, dirais-je. Une menace que certains pouvoirs en place ont, plus ou moins, réussi à contrôler en offrant à l’élite militaire nationale l’accès aux luxures du monde capitaliste et néolibéral, en lui accordant des privilèges économiques considérables.
Ainsi, un général ou un colonel, engagé pour défendre sa patrie et les institutions étatiques, pourrait aussi avoir à cœur de préserver ses revenus ou ses dividendes.

En Egypte encore, ce sont les Etats-Unis qui ont en grande partie arrosé de subsides les généraux de l’armée. Est-ce, en partie, pour cette raison qu’en Août 2012 le président Mohamed Morsi destitua Messieurs Hussein Tantaoui et Sami Annan, respectivement Ministre de la Défense et chef d’état-major, et aussi les deux principaux membres du Conseil supérieur des forces armées (CSFA) ?
Mais je m’éloigne un peu de mon sujet.

Bien avant de se retrouver le cul sur un trône, le Roi fut le Prince héritier d’une noble lignée, l’enfant d’une mère, l’enfant d’une femme qui restera toujours la plus belle des faiseuses de Rois.
Cette femme aimante qui, avant de jauger les prétendantes qui veulent épouser son fils, fut l’un des piliers fondateurs de cette famille au sein de laquelle le fils a pu se forger, en toute sécurité, son identité, et devenir adulte.
Quand je dis « en toute sécurité », je ne parle pas à des parents hyper-protecteurs qui feraient porter une combi de plongée au petit pendant son bain, de peur qu’il s’enrhume ; je pense plutôt à des parents qui offrent à leur enfant une niche sécurisante dans laquelle le petit homme peut venir, à tout instant, se remettre de ses émotions, parler de ses expériences ; je pense à des parents qui accompagnent leur enfant en le préparant à surmonter les épreuves qui le feront entrer dans le monde des adultes.
Il y a longtemps, quand l’accès au monde des adultes était représenté par des rituels, parfois tribaux, l’enfant savait, à peu près, ce qui l’attendait,  il savait également que les adultes n’étaient pas loin, que l’épreuve était sécurisée par leurs présences.
Si les femmes du Monde n’ont pas toutes accouché d’un Roi, elles ont pris soin, dans leur plus forte majorité, de leur petit Prince.

Aujourd’hui dans notre univers de technicité, de modernité et de solitude, à quel moment l’enfant ressent-il la présence sécurisante de ses parents quand il est confronté aux divers pièges que recèle le monde des adultes ? Et aussi, à quel instant de son développement la transition ce fait-elle ? A son premier job ? Sa première clope ? Sa première relation sexuelle ? Son premier chagrin d’amour ? A sa première déclaration d’impôts ? A 15, 16 ou 18 ans ?
Et que se passe-t-il quand l’absence se fait ressentir 10 ans plus tôt, quand cette faiseuse de Roi qu’est la famille se désintègre ? Comment peut se construire l’esprit d’un jeune enfant qui, n’ayant pas encore atteint ses 5 ans, doit choisir entre l’une des deux seules personnes en qui il a confiance ?  Quel développement aura ce même enfant qui garde secret ses nouvelles aventures pour ne pas blesser encore plus ce parent qu’il aime, mais qui souffre silencieusement d’une séparation imposée ?
Que penser de ces jeunes enfants qui se voient contraints de composer avec un substitut de l’autre qui ne s’intéresse qu’à eux le temps de féconder leur mère ?
La vie est un cycle qui se répète inlassablement, paraît-il. Le sentiment d’abandon peut aussi l’être, dans les esprits de ces petits princes orphelins que l’on étouffe sous les cadeaux, en affirmant que le surplus matériel comblera le vide émotionnel.

Un proverbe indien dit :
« Si vous enseignez à un homme, vous enseignez à une personne.
Si vous enseignez à une femme, vous enseignez à toute la famille. »
Cela est-il encore vrai dans nos contrées civilisées, alors que la femme moderne passe plus de temps auprès de son patron que de son enfant?
Je me garderais bien de répondre vu que dans notre société notre degré d’intégration se juge sur l’épaisseur de nos portes-feuilles.
Dès lors, je trouve tristement normal que certaines d’entre elles veuillent participer plus activement à la ruine de notre monde ; se libérer du carcan archaïque de la famille chrétienne ; profiter de la prison des libertés individuelles ; ou encore être mère sans en avoir à subir les conséquences, connaître les joies de la grossesse et le bonheur de la césarienne de confort.
L’homme est devenu une mauviette. La femme, en quête d’émancipation, suivrait-elle le même chemin ?

Nos petits princes sont ballottés de tous les côtés au gré des humeurs d’adultes qui se prétendent responsables, et qui feraient TOUT pour que leurs enfants soient heureux. Tout, sauf ce qu’attendent réellement ces mêmes enfants !
Cendrillon qui s’est retrouvée trimballée de belle-mère en belle-famille, n’osait pas sortir de sa chambre pour prendre des nouvelles de sa mère démissionnaire.
Cendrillon, élevée par des substituts de parents, ne recevra de son père qu’une affection vestimentaire ; un père qui, après l’avoir abandonnée à la sortie de sa scolarité, la félicitera de sa réussite sociale et vantera sa beauté.
Comment pourra-t-elle, dès lors, donner à son fils l’Amour sincère d’une maman ?

Pour les futurs Rois sans racines dont les généalogies se perdront dans les méandres des multiples recompositions familiales, la résilience provisoire se fera dans des cercles extra-conjugaux, tandis qu’ils trouveront leur bonheur dans l’économie de marché.
J’exagère un peu, comme toujours. Mais selon divers spécialistes en ressources humaines, et ceux qui nous conseillent sagement sur la manière de se présenter face à un nouvel employeur potentiel, il est fortement déconseillé de critiquer (ou)vertement son ancien patron.
Par contre vous pouvez sans trop hésiter dire à votre enfant que son père est un illustre connard ou que sa mère est une sale pute vieillissante.
Cherchez l’erreur.

NEMo.

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