Mes remerciements à titre posthume vont à Monsieur Jérôme Deshusses qui a, dans son livre "Délivrez Prométhée" (Flammarion, 1978), recensé dans un chapitre dédié à la menace nucléaire, une série "d'incidents" survenus entre 1950 et 1978.
Après l'effroyable, l'effrayant…
"Il suffit de respirer 13 millionièmes de grammes de plutonium pour avoir à coup sûr un cancer pulmonaire.
Le rapport de Brookhaven estimait (en 1957) les suites d'une avarie technique à: 3'400 morts, 43'000 blessés -cancérisés -, 500'000 personnes évacuées, et il ne s'agissait que d'une centrale de 150 MW laissant fuir la moitié de ses produits et, dans les années 1980, les centrales étaient sept fois plus puissantes et la zone dangereuse qui les entoure n'est plus de 500 kilomètres carrés, mais de 400'000. Ce n'est rien: si un centième des matériaux de l'usine de retraitement de La Hague, à côté de Cherbourg, fuyait et que le vent souffle en direction de Paris, plus de 10 millions de Parisiens et toute la population comprise entre Cherbourg et Paris seraient obligés à l'exode immédiat. Une seule usine du même genre, dans le nord de l'Allemagne, peut, en cas d'accident majeur, tuer d'un coup 30 millions d'Allemands, quelques 10 millions de Français et toute la population suisse.
Ces utopies noires pourraient être négligées si l'accident nucléaire était une sorte de légende, ainsi que le silence de la presse et des gouvernements le donne à penser. Or les accidents, dans les centrales comme dans toute l'industrie atomique, sont légion; ils augmentent en nombre et en gravité avec le nombre et la puissance des réacteurs, qui augmente l'un et l'autre. Entre 1945 et 1963 déjà, on en a dénombré plus d'un millier. Et ce chiffre néglige les accidents "mineurs" qui n'ont qu'un inconvénient: leurs effets s'accumulent. On en compte rien qu'en France, plus de six par an. Encore faut-il qu'on parvienne à les compter car Pluton n'est pas bavard.
En 1967, à Humblodt Bay (Californie) les dégagements de cet iode dépassent de 11% la quantité dite tolérable, et en 1968, après d'importants travaux de réparation, ils la dépassent toujours de 8%.
Dans le Nevada, à la suite d'un accident banal, 65'000 hectares de terre sont condamnés pour des siècles ou des millénaires.
En Suisse, le réacteur de Lucens (1969) doit être emmuré à jamais, en toute hâte, après 13 heures de fonctionnement continu. Et aujourd'hui du matériau radioactif s'échappe de son tombeau de béton, mais ne contamine pas la source d'eau voisine. Pour le plus grand soulagement d'Henniez et de Nestlé…
En 1968, la centrale belge de Chooz, après un accident sans gravité (comme toujours) annonçait plus de deux ans de réparations, tandis que la centrale des Monts d'Arrée (France) en prévoyait 3.
En 1969, une centrale en Bavière fermait définitivement après 3 ans d'activités modérées.
Un accident à Oak Ridge (1958) fit douze victimes immédiates, sans compter les autres, indirectes et non contrôlées. Une explosion à Idaho Falls (1961) fit trois morts et des centaines de victimes également indirectes. Idem dans une autre centrale américaine (Wood River, 1964): un mort et de nombreuses contaminations.
En 1966, à Mol (Belgique), un physicien fut irradié apparemment sans raison.
1966 encore, à Palomares (Espagne) 4 bombes "H" américaines tombent, les unes dans la mer les autres sur le sol. Le travail de récupération dure 80 jours, il y a du plutonium sur 226 hectares , et toute la presse ne cesse de mentir pour se taire.
L'incendie d'une centrale à Rocky Flats (USA) rejette du plutonium; des comités de citoyens prouvent que la radioactivité dégagée est mille fois supérieure à ce qu'avouaient l'industrie (Dow Chemical) et l'Etat.
Dans l'état de New-York, 230'000 litres de liquides radioactifs condamnent à jamais le sol et les nappes phréatiques, et en Arkansas, le réacteur Sefor (1969) accuse un déficit de "quelques kilos" de plutonium, tandis qu'une usine de retraitement d'Apollo (Pennsylvanie) découvre que 6% de son matériel radioactif n'est pas enregistré depuis 6 ans. 200 tonnes d'uranium disparaissent, en 1968, entre Anvers et Gênes, de même que 100 kilos de plutonium (1970) en Angleterre. La centrale de Saint-Laurent-des-Eaux (France, 1969) avoue la perte de plusieurs kilos d'uranium enrichi, ce qui n'est rien: Washington, en 1977, admet avoir "égaré" 3'822 kilos de plutonium depuis 1945. Où sont aujourd'hui ces centaines de milliards de cancers pulmonaires?
Un accident de la circulation à Spingfield (USA, 1977) répand 19 tonnes d'uranium en poudre sur la chaussée.
1968: Un ouvrier argentin ramasse un boulon brillant et meurt après 10 mois d'atroces souffrances, c'était du césium 137;
1970: Des produits radioactifs sont trouvés le long d'une route départementale française.
Dans le Colorado, 12 millions de tonnes de sables radioactifs sont abandonnés sans protection; et aux USA seulement, 30 millions de tonnes de déchets, abandonnés de même, se trouvent dans des mines désaffectées. Les déchets d'Europe sont enfouis dans des mines de sel, quand ce n'est pas dans la mer. Outre qu'il est un fort conducteur de chaleur, le sel est ultra-corrosif; les céramiques et les aciers résistent mal à la triple attaque de l'énergie active qu'ils contiennent, de la chaleur qui les entoure et du sel réchauffé qui les ronge.
1971:
Dans le Kansas, il fallut improviser un stockage en surface pour empêcher une mine de sel remplie de déchets de provoquer une catastrophe. Les radioactivités se comptent en millénaires et les meilleurs réservoirs sont tout juste aptes à durer un demi-siècle. On a déjà vu la découverte accidentelle des 500 fûts fissurés de Saclay.
Le physicien Van Waas fut congédié "sur le champs" après avoir révélé que de nombreuses fuites avaient eu lieu à la centrale de Dodewaard (Hollande).
Une fuite de molybdenum 99 dans un avion est décelée qu'après 9 vols, elle provenait d'un colis postal;
1972:
Du matériel radioactif est trouvé, par hasard, à la consigne d'Orly;
450 fûts de déchets radioactifs, carrément lézardés, s'alignaient en plein air à quelques mètres d'une autoroute, à Grenoble;
Au Mexique, toute une famille meurt de quelques minuscules pastilles de cobalt 60 qu'un enfant avait trouvé.
Une camionnette contenant des éléments radioactifs est volée à Marseille, tandis qu'à Perpignan des enfants jouent avec des boîtes contenant du strontium 90, trouvées dans un terrain vague;
En juin, des pêcheurs hollandais ramènent dans leurs filets un tonneau portant mention "hautement radioactif".
1973:
Une boîte d'iridium tombe d'un camion à Montréal;
Un tonneau rempli de cobalt 60 tombe d'une plate-forme de forage en mer du Nord et se dirige vers l'Angleterre;
Des terroristes s'emparent de la centrale argentine d'Atucha et y lancent des bombes qui, par chance, n'atteignent pas les installations. Travail d'amateurs: une grande centrale convenablement sabotée libérerait une radioactivité 192'000 fois supérieure à celle de la bombe d'Hiroshima;
Après une alerte étouffée à Visé (Belgique) l'eau potable de la région, pendant 6 mois, est 23'000 fois plus radioactive qu'ailleurs, comme celle de Lake Elliott (Canada) à cause de déchets d'uranium rejetés normalement dans les lacs;
Aux USA, 7 réacteurs importants et 77 réacteurs expérimentaux sont arrêtés, sans parler d'un cargo nucléaire hors d'usage et de 4 sous-marins peut-être perdus;
Un peu d'iode radioactif déchargé à Windscale, en Angleterre, irradie 40 personnes malgré leurs vêtements de protection et fait interdire la pâture sur 500 km carrés.
1974: Des fûts "hautement toxiques" sont rejetés sur deux plages françaises par une tempête. Les autorités n'acceptent pas d'en révéler le contenu.
En 1975, les centrales japonaises furent fermées à la chaîne sans que l'on en connaisse les motivations.
S'il est déjà difficile d'obtenir des informations sérieuses et fiables en "Occident", il est quasiment impossible de savoir ce qu'il se passe, ou s'est passé en ex-URSS et en Chine. Sauf à l'aide sismographe et de relevés fait par satellite. Et il faut que cela soit de véritable catastrophe: telle l'explosion en 1976 de bombes qui équipaient les sous-marins soviétiques.
En 1978 la CIA révélait que deux catastrophes nucléaires s'étaient produites en URSS; l'une à Khystym (Oural) a fait des milliers de victimes et contaminé plus de 15'000 hectares en 1958, et l'autre, en 1961, aurait été "plus terrifiante" encore. En 1978 il existait 14 documents du même genre que la CIA se refusait de communiquer pour des raisons de "sécurité".
Toujours en 1978 un satellite russe chargé de 50 kg d'uranium 235 déclenche l'alarme atomique dans tout l'Occident, se désintègre au Canada et émet une radioactivité que le gouvernement canadien avoue "très dangereuse", le jour où on apprend, avec distraction, que plus de 30 personnes ont été hospitalisées autour de la centrale belge de Tihange."
Six mois après la sortie du livre de J. Deshusses, le réacteur N°2 de "Three Mile Island" (28 mars 1979) fusionnera partiellement…
Six ans plus tard, c'est Tchernoyl…
NEMo
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