Chez nous, l'opinion publique reste divisée sur la question et les pronucléaires mettent en balance les places de travail et la sécurité sanitaire. Beznau, la plus vieille centrale atomique du monde encore en fonction (43 ans de services) située dans le canton d'Argovie, sera le prochain site helvétique à être débranché.
Mais les réacteurs de Beznau, et celui de Leibstadt plus tard, auront fourni électricité et des milliers d'emplois aux habitants et entreprises de la région. Ce qui explique pourquoi les voisins ne sont pas vraiment "chauds" pour sortir du nucléaire. L'un d'entre eux dira aux journalistes, venus sur place pour enquêter sur l'impact de la fermeture prochaine:
"Les Verts arrivent toujours avec leurs arguments sur la sécurité, mais la vraie sécurité pour nous c'est celle du travail."
Cela fait 43 ans que ces réacteurs fonctionnent sans qu'il y ait eu de gros problèmes, ils peuvent bien fonctionner 43 ans de plus. J'ai 43 ans de vie en bonne santé derrière moi, les 43 prochaines seront donc merveilleuses.
Et puis qui sait…! Peut-être que demain la Science trouvera le remède miracle qui éliminera tous les problèmes liés au nucléaire, des émissions radioactives à l'entreposage des déchets dans des caissons étanches et inaltérables qui seront conçus pour "vivre" des millénaires.
Cependant, en attendant que demain arrive, la menace est bien réelle aujourd'hui. Même si les principaux acteurs des lobbies concernés se veulent rassurant et nous promettent que rien de ce qui c'est produit à l'étranger ne peut arriver chez nous….
Les années passent, les techniques de communications s'améliorent, les mensonges restent. Des mensonges vieux de 73 ans.
Les prémices de ce qui allait devenir le "Projet Manhattan" sont arrivées en Août 1939.
Le président des Etats-Unis, Franklin D. Roosevelt, signa le 28 juin 1941 l 'ordre exécutif créant le "Bureau de recherches et développements scientifiques" (O.S.R.D.); et le 9 octobre 1941, le programme atomique fut approuvé.
Deux mois plus tard, le 7 décembre 1941, Pearl Harbor était en flamme.
L'expression "l'Age atomique" fut inventée par William L. Laurence, un journaliste du New-York Times, qui fut le correspondant officiel pour le "Projet Manhattan". Il assista à l'essai Trinity: "Gadget", le nom de la bombe conçue pour ce test fut, le 16 juillet 1945, la première bombe atomique à exploser sur Terre. La réussite de ce "test" offrit aux Etats-Unis la suprématie militaire recherchée, et allait leur permettre de la révéler au monde entier.
Ce 16 juillet fut aussi la fin "officieuse" de l'alliance contre-nature qui voyait la collaboration des USA et de l'URSS, et scella le sort des Japonais.
M. Laurence assista également au bombardement sur Nagasaki, et rédigea une série d'article louant les vertus de la nouvelle arme. Ses reportages avant et après les bombardements aidèrent à la prise de conscience du potentiel de la technologie nucléaire par le public et motiva son développement aux Etats-Unis et en Union Soviétique.
Les 6 et 9 Août 1945, le monde en guerre acheva sa chute dans l'horreur. Hiroshima et Nagasaki furent transformés en chaleur et lumière.
Le 2 septembre 1945 le Japon capitule, et les scientifiques de l'époque accèdent aux plus grands des laboratoires terrestres… avec des cobayes humains.
En dollars US 2012, le "Projet Manhattan" aura coûté, au 31 décembre 1945, la bagatelle de 24'400'000'000 $.
Dans l'immédiat après-guerre, de nouveaux réacteurs "nucléaires" furent construits et fournirent de grandes quantités d'isotopes radioactifs (Iode 131 et Phosphore 32) et entraîna la révolution de la médecine nucléaire avant d'être utilisé dans la recherche industrielle, biologique et agricole. Monsanto, qu'il n'est plus besoin de présenter, a participer à l'élaboration du "Projet Manhattan".
Les voix qui tentèrent de révéler les dangers potentiels liés à l'utilisation de l'énergie atomique et les horribles souffrances que cela pouvaient entraîner n'eurent quasiment aucuns impacts auprès des Américains.
John Hersey, qui fut également journaliste au "Times" édita un livre en 1946,"Hiroshima", qui rapportait ce que les Japonais avaient enduré juste après le bombardement de leur ville. Il devint par la suite un antinucléaire convaincu.
[Extraits trouvés dans "Manière de voir" N° 105/ juillet 2009 "Le Japon méconnu".]
" Un nuage de poussière commença à s'élever au-dessus de la ville, noircissant le ciel comme une sorte de crépuscule. Des soldats sortirent d'une tranchée, du sang ruisselant de leurs têtes, de leurs poitrines, et de leurs dos. Ils étaient silencieux et étourdis. Leurs visages étaient complètement brûlés, leurs orbites vides, et le fluide de leurs yeux fondus coulait sur leurs joues. Ils devaient sans doute regarder vers le ciel au moment de l'explosion. Leurs bouches n'étaient plus que blessures enflées et couvertes de pus…
Sur les 245'000 habitants, près de 100'000 étaient morts ou avaient reçu des blessures mortelles à l'instant de l'explosion. Cent mille autres étaient blessés. Au moins 10'000 de ces blessés, qui pouvaient encore se déplacer, s'acheminèrent vers l'hôpital principal de la ville. Mais celui-ci n'était pas en état d'accueillir une telle invasion. Sur les 150 médecins d'Hiroshima, 65 étaient morts sur le coup, tous les autres étaient blessés. Et, sur les 1'780 infirmières, 1'654 avaient trouvé la mort ou étaient trop blessées pour travailler. Les patients arrivaient en se traînant et s'installaient un peu partout. Ils étaient accroupis ou couchés à même le sol dans les salles d'attente, les couloirs, les laboratoires, les chambres, les escaliers, le porche d'entrée et sous la porte cochère, et dehors à perte de vue, dans les rues en ruines… Les moins atteints secouraient les mutilés.
Quelques blessés pleuraient. La plupart vomissaient. Certains avaient les sourcils brûlés, et la peau pendait de leur visage et de leurs mains. D'autres, à cause de la douleur, avaient les bras levés comme s'ils soutenaient une charge avec leurs mains. Si on prenait un blessé par la main, la peau se détachait à grands morceaux, comme un gant…
Beaucoup étaient nus ou vêtus de haillons. Jaunes d'abord, les brûlures devenaient rouges, gonflées et la peau se décollait. Puis elles se mettaient à suppurer et à exhaler une odeur nauséabonde. Sur quelques corps nus, les brûlures avaient dessiné la silhouette de leurs vêtements disparus. Sur la peau de certaines femmes – parce que le blanc reflétait la chaleur de la bombe, et le noir l'absorbait et la conduisait vers la peau -, on voyait le dessin des fleurs de leurs kimonos. Presque tous les blessés avançaient comme des somnambules, la tête dressée, en silence, le regard vide.
Toutes les victimes ayant subi des brûlures et les effets de l'impact avaient absorbé des radiations mortelles. Les rayons radioactifs détruisaient les cellules, provoquaient la dégénération de leur noyau et brisaient leurs membranes. Ceux qui n'étaient pas morts sur le coup, ni même blessés, tombaient très vite malade. Ils avaient des nausées, de violents maux de tête, des diarrhées, de la fièvre. Symptômes qui duraient plusieurs jours. La seconde phase commença dix ou quinze jours après la bombe. Les cheveux se mirent à tomber. Puis vinrent la diarrhée et une fièvre pouvant atteindre 41 degrés.
Vingt-cinq à trente jours après l'explosion survenaient les premiers désordres sanguins: les gencives saignaient, le nombre de globules blancs s'effondrait dramatiquement tandis qu'éclataient les vaisseaux de la peau et des muqueuses. La diminution des globules blancs réduisait la résistance aux infections; la moindre blessure mettait des semaines à guérir; les patients développaient des infections durables de la gorge et de la bouche. A la fin de la deuxième étape – si le patient avait survécu – apparaissait l'anémie, soit la baisse des globules rouges. Au cours de cette phase, beaucoup de malade mouraient d'infections dans la cavité pulmonaire.
Les systèmes de reproduction furent affectés durablement: les hommes devinrent stériles, toutes les femmes enceintes avortèrent, et toutes les femmes en âge de procréer constatèrent que leur cycle menstruel s'était arrêté…"
L'avantage avec une petite bombe "A", si j'ose le dire ainsi, c'est que vous êtes exposé une seule fois à un fort taux de radiations. Un taux qui décline assez rapidement les jours qui suivent, et permet une sorte de retour à la "normale", même si rien ne sera plus comme avant.
Avec un accident dans une centrale, ou des déchets radioactifs trop actifs pour leur "tombeau", la source qui nous empoisonne ne se tarira jamais, du moins pas de notre vivant.
Contre cet héritage maudit, nous ne pouvons rien faire. Si ce n'est le transmettre à nos enfants et leurs descendants.
(A suivre…)
NEMo
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