lundi 9 mai 2011

Voitures propres? (Nouvelle lecture)

Entre 1975 et 2008, la consommation moyenne d'une voiture en France pour cent kilomètres est passée de 8,6 litres à 5,4 litres, soit une diminution de 37 %.
Pour essayer de chiffrer naïvement, j'ai fouiné un peu dans les fiches techniques automobiles que l'on peut trouver sur le Net, concernant un véhicule pris au bol.
En 1976, les designers de VW ont décidé d'aplatir le museau de la "Cox", de lui transférer le moteur à l'avant et de la rendre plus "carrée", créant ainsi un véhicule qui enchantera plusieurs générations de conducteurs, une voiture qui sera le cauchemar des gendarmeries et la fossoyeuse de nombreux jeunes-adultes.
A sa sortie d'usine, la première Golf GTi (1'600ccm3 et boîte 4 vitesses), parce que c'est d'elle qu'il s'agit, accusait un poids de 810 kilos pour 110 ch; une version suivante recevra un moteur de 1'800 ccm3, une boîte à 5 rapports et 80 kilos de plus pour des performances sans différences marquantes.
En chiffres rapides, ça donne:
1976                           1982
1'600 / 4 vitesses        1'800 / boîte 5
Puissance          :                110 ch                         112 ch
Poids/puissance :                   7,364 kg/Ch                7,946 kg/Ch
Vitesse max       :              185 km/h                    186 km/h
Poids                 :             810 Kg                       890 Kg
Couple              :             138 Nm                      152 Nm
Conso mixte      :                 9,4 l/100                     8,5 l/100

Quant est-il en 2012 (Golf GTi 6 TSI 210 ch)?
Comme annoncé, le bolide développe 210 chevaux pour une vitesse max de: 238 km/h.
Le poids à vide du véhicule est de 1'339 kilos, soit 529 kg de plus que sa légendaire cadette, et consomme 2 litres d'essence de moins au cent km.

Cette observation est valable pour tous les constructeurs.
Je me pose une question toute bête: Si la GTi moderne ne pesait que 810 kilos, consommerait-elle alors que 4,47 litres d'essence par cent kilomètres? Soit deux fois moins que sa légendaire cadette.


Des innovations comme l'injection électronique, intégrant toujours plus de technologies, ont permis aux moteurs d'exploiter le pétrole de manière plus efficaces. Mais, si l'on considère cette fois l'impact environnemental, et non plus seulement la performance d'une unité motorisée, le tableau vire du vert au noir.

Avec l'amélioration du confort et de la sécurité des véhicules, les ménages français dépensent plus pour leur(s) voiture(s). Depuis 1970, la part de l'automobile dans leur budget a presque doublé, en valeur comme en volume, pour faire jeu égal avec l'alimentation (14 % des dépenses des ménages en 2001).
Et si il faut beaucoup moins d'essence pour faire avancer une voiture, le parc a doublé; il dépasse les vingt-huit millions de véhicules. Au final, l'accroissement du nombre de véhicules, lié notamment aux amélioration technologiques qui les rendent plus attractifs, augmente le nombre de kilomètres parcourus (+ 23 % entre 1990 et 2006), la consommation induite (+ 2,5 %), et ainsi que ses émissions de gaz à effet de serre (+10%) (1).


Ainsi, en dépit de la plus grande efficacité des moteurs, on brûle en France 270'000 litres de carburant en plus chaque année. S'il se fie aux technologies, le consommateur caresse l'espoir d'utiliser moins de carburant, surtout dans un contexte de hausse des prix. Mais les économies réalisées grâce aux investissements dans des moteurs plus "propres" sont absorbées par la multiplication des véhicules sur les routes. La civilisation de l'automobile transforme nos villes et favorise l'étalement urbain ainsi que l'émergence de grans centres commerciaux. Il s'agit là d'un effet structurel: la voiture transforme nos sociétés; sa diffusion s'accompagne d'une progression du consumérisme et des comportements individualistes.


Autre (faux) espoir d'amélioration, les réseaux d'information destinés à fluidifier la circulation. Réduire les embouteillages entraîne, pour un trafic automobile constant, une baisse du gaspillage de temps et de carburant. Mais le perfectionnement des infrastructures attire davantage de véhicules sur les routes, accroissant dès lors la consommation globale d'essence... et recréant des bouchons. L'automobile est l'un des rares secteurs dont les émissions de CO2 n'ont quasiment pas baissé depuis le milieu du XXe siècle.

Un article de Cédric Gossart trouvé dans "Manière de voir N°115/ Batailles pour l'énergie (Février-mars 2011).
(1) "La consommation d'énergie et les émissions polluantes luées aux déplacements", site du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer. Observation et statistiques de l'environnement.

Nous pourrons toujours faire remarquer que cet article se base sur des observations faites en France. Soit, mais l'encouragement à la croissance, à l'augmentation du PIB et à la surconsommation est une maladie des néolibéralistes, et ils ne se cachent pas qu'en France...
Si les chiffres diffèrent d'une contrée à l'autre, les comportements sont pratiquemment similaires...


Sans vouloir prendre le parti des constructeurs automobiles, nous pouvons bien nous rendre compte qu'ils n'ont pas attendu le siècle actuel pour produire des véhicules qui consomment moins d'essence. Le "hic", c'est que la majorité des conso-conducteurs veulent des voitures performantes malgré les restrictions de circulations imposées par les états et la surpopulation automobile, et que nos assureurs veulent des voitures "sécurisées". Les voitures prennent du poids, malgré l'allègement des matériaux utilisés pour le châssis ou la carrosserie, parce qu'elles prennent du volume et que nos voitures se retrouvent avec un surplus d'équipement électroniques et de sécurité. Ceci plus cela annule, en partie, les efforts des motoristes qui aimeraient que leurs moteurs consomment le moins possible (comme obtenir, pour la dernière GTi, un couple de 210 Nm à un régime trois fois élevé que la première mouture).

Bref, les constructeurs font des efforts. Mais nous, en faisons-nous…? Pas sur.
D'un autre côté, quand nos élus affirment vouloir zéro mort sur nos routes, pourquoi, au lieu de dépenser des millions de francs, ou d'euros, en matériel de surveillance, de modifications de tracés routiers, de pose de "ralentisseurs" et autres marquages de sécurités, les gouvernements respectifs ne prennent-ils pas les mesures nécessaire pour limiter la puissance et la vitesse des véhicules automobiles circulant sur les voies nationales, cantonales, rurales, etc… dès leurs sorties d'usines?
Parce que cela porterait atteinte à nos libertés individuelles!?
Très certainement.
Parce que nous sommes de grandes personnes adultes et responsables!?
Sans en faire une généralité, vous en doutez? Moi aussi.

D'ailleurs, ils sont de plus en plus nombreux les automobilistes Suisses (du dedans et du dehors) à laisser le moteur de leur voiture en marche sur les places de stationnement. Dégivrage et chauffage en hivers, pour l'autoradio ou la climatisation en été. Sur le dernier cas, je viens de me prendre la tête avec un chauffeur de taxi de la compagnie "Oriental", parce que celui-ci voulait garder son habitacle frais (moteur et clime en fonction) pendant qu'il discutait tranquillement avec un collègue, à l'ombre du store en toile du magasin "Aperto".
"Rien à foutre de l'environnement!" m'a-t-il répondu.
De plus, n'étant qu'un employé, les frais d'essence ne sont pas pour son porte-monnaie
Quand j'ai parlé de ses petits-enfants ce brave monsieur, un Suisse de la cinquantaine, proprio d'une villa en terre fribourgeoise et d'un apparte à La Grande Motte, m'a garanti que CE comportement "ne va pas les tuer".

Techniquement, il a raison... parce que si nous ne mourrons pas dans un accident ou de vieillesse, une maladie genre "cancer" nous emportera. Et à aucun moment le corps médical ne montera au front pour combattre les origines environnementales, quand elles le sont, de ces cancers.

Sauf si vous êtes fumeurs. Mais c'est une autre histoire…



NEMo

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire