dimanche 28 octobre 2012
Choom Boy ou Mormon?
Une des préoccupations du monde, pour ce dernier trimestre de l’année 2012, est la prochaine élection présidentielle Outre-Atlantique.
Nous saurons prochainement qui sera l’homme étant défini comme le plus puissant de la planète; nous saurons quelle majorité du peuple Etats-Uniens l’aura emporté: Si le candidat sortant afro-américain à peine plus basané que feu Michael Jackson et ,entre autre, ancien travailleur social dans les ghettos de Chicago se voit offrir une seconde chance pour aller au bout de ses promesses, ou si le candidat pure souche ''Made in USA'', soutenu par le ''Tea Party'' et qui a fait fortune dans la finance spéculative se retrouve avec la possibilité de radicaliser son pays.
Pour les inconditionnels, les inféodés, les extrémistes, etc, l’affaire est déjà emballée. Par contre, pour un électorat peu habitué et motivé par la chose publique (jeunes, hispaniques, afros, les oubliés du néolibéralisme, et j’en passe…), mais qui s’était mobilisé en 2008, le choix qui se présente à eux pourrait se résumer entre: Pardonner à Obama d’avoir sacrifié sur l’autel du consensus politique ses promesses de campagne, ou de se voir renvoyer dans le caniveau par son successeur potentiel.
En gros, un peu comme dans tous les pays qui se prétendent démocratiquement civilisés.
Il est vrai que la majorité qui a suivi Monsieur Obama, il y a 4 ans, peut lui reprocher de ne pas avoir modifié la fiscalité des plus riches; que les mesures prises pour réformer le système financier n’ont pas vraiment secoué Wall Street; qu’il n’a pas supprimé les lois hostiles aux syndicats ni levé les entraves aux libertés publiques mises en place par son prédécesseur; que Guatanamo est toujours ouverte en retenant toujours indéfiniment et sans jugement des ''combattants ennemis''.
Il reste que le président démocrate est parvenu à offrir "une couverture santé à des millions de citoyens, mais [que]son nouveau système d’assurance-maladie a laissé la part belle aux lobbies médicaux", comme l’a fait remarquer Benoît Bréville dans son édito publié dans le Manière de voir N° 125 (Un rêve est passé), en cédant sur l’idée de la création d’un assureur public.
Le monde pourrait aussi lui reprocher de ne pas avoir serré la bride aux monstrueuses institutions bancaires au début de son mandat, quand ceux-ci avaient l’arrogance dans les chaussettes. Malheureusement, Goldmann Sachs, Citigroup, JPMorgan, UBS et Morgan Stanley figuraient sur la liste des vingt principaux donateurs de la campagne Obamancienne. Difficile dès lors, pour les démocrates, de servir l’intérêt public sans mécontenter les banquiers qui financent leur carrière.
Donc, et en guise de punition, un plan de sauvetage bancaire est adopté le 3 octobre 2008:
700 milliards de dollars pour éviter l’effondrement des marchés financiers;
en février 2009 (le 10), pour décharger les banques d’actifs « toxiques », le secteur financier bénéficie d’un nouveau plan de soutien de 2’000 milliards de dollars et Washington débloque (le 18) un fond de stabilisation de 75 milliards de dollars afin d’enrayer les saisies immobilière et de réaménager les prêts des ménages en difficulté;
le 23 mars 2009, M. Timothy Geithner (ministre des finances) présente un programme entre 500 et 1’000 milliards de dollars destiné à purger le secteur bancaire des actifs à risque.
En contrepartie, et après que les banques aient renoué avec les profits et les primes, Monsieur Obama annonce, le 14 janvier 2010, la mise en place d’une taxe pour qu’elles (les banques) remboursent jusqu’à 117 milliards de dollars aux contribuables américains.
Essayez de passer chez votre banquier pour lui proposer de rembourser entre 3 et 4,5% de la somme qu’il vous a prêté, et filmez la scène. Cela se classera dans le top 3 des meilleurs fous rires de l’année.
Mais peut-on vraiment en vouloir à Obama? Que pèse la personnalité d’un homme, face à la tyrannie d’un système, d’une structure?
Il est le président des Etats-Unis d’Amérique, mais pas forcément le président des 314 millions d’américains. Son succès de 2008 qui laissait présager la (re)naissance d’une Nation "instruite, curieuse des autres, soucieuse de droit international et de justice sociale" (encore B. Bréville), n’était dû qu’à un décompte favorable qui lui donnait un avantage de plus 8 millions de voix, équivalent à même pas 3% de la population des USA. Pas grand-chose en fin de compte.
Mais l’espoir et le changement étaient là, aux portes de la Maison-Blanche, portés par une montée en puissance des Démocrates. Une ascension qui ne dura que deux ans, avant que les Républicains ne renversent la vapeur, remportent les législatives de 2010, reprennent le contrôle de la Chambre des représentants et s’évertuent à bloquer toutes les propositions de M. Obama.
L’animosité envers l’actuel président américain est grande, et ses principaux rivaux sont prêts à tout pour que l’épisode Barck Obama ne soit qu’un malencontreux écart sur le chemin de l’hégémonie mondiale orchestrée par les Etats-Unis. Quitte à le traiter de "communiste".
Alors que la Droite américaine est responsable du chaos qui allait secouer la finance mondiale dès 2007, celle-ci parvient, à grands renforts de spots télévisés, de meetings, de propos fallacieux, etc, à faire de Barack Obama le bouc émissaire parfait d’une crise qu’il n’arrive pas à gérer aussi facilement qu’il le prévoyait; dans les régions défavorisées, blessées ou meurtries par les évènements que nous connaissons, et qui ont apporté leur soutien au candidat démocrate en 2008, tout est mis en œuvre pour décourager les populations locales de se rendre aux urnes (ouverture des bureaux de vote raccourcies, surenchère de tracasseries administratives…).
Des manigances que l’on retrouve dans quasiment toutes les campagnes électorales autour du globe, des magouilles qui irritent l’épiderme d’une communauté internationale bien pensante lorsqu’elles se produisent dans des pays en voie de développement ou en cours de bombardement.
Mais au final, il se peut que nous nous délections des tribulations des candidats présidentiables, surtout quand ceux-ci s’écharpent pour le titre d’homme le plus puissant de la planète, dans un pays ma foi mythique, ou presque, qui a fait naître dans beaucoup d’esprits les rêves les plus fous.
Sauf qu’au bout du compte, les Etats-Unis d’Amérique ne sont rien d’autre qu’un pays comme tous les autres, avec ses crises, ses chômeurs, ses cas sociaux, ses discriminations, ses maffias, etc, etc…, mais aussi avec la meilleure armée du monde. Technologiquement parlant, s’entend.
Une technologie qui permettra aux USA d’anéantir son ennemi à l’autre bout du Pacifique, et de participer activement à la libération d’une Europe déchirée par le fléau Nazi, avant d’imposer au monde, par le biais de sa politique étrangère, la vision de sa propre sécurité intérieure.
En plus d’être une marionnette entre les mains des principaux acteurs des marchés financiers, celui qui sera bientôt (ré)élu endossera pour 4 ans le costume du Pantingone de l’US Army. Et qu’il soit Républicain ou Démocrate, n’y changera pas grand chose. Peut-être un peu moins de maniabilité pour le second cité. Mais cela reste à prouver.
Et pour le reste du monde?
Le prix reçu par Monsieur Obama le 10 décembre 2009 à Oslo, n’aura en fait été qu’une récompense pour de beaux discours. Défendre la création d’un état Palestinien en présence du premier ministre Israélien, M. Netanyahou, n’a pas vraiment convaincu les Israéliens de mettre un terme à leurs colonisations ou fait cesser toutes velléités, de part et d’autre. Une fois son Nobel rangé dans le tiroir, les assassinats par drones ont pu reprendre de plus belle et voir leur nombre augmenter.
Les troupes devraient rentrer d’Afghanistan, mais le Pentagone serait entrain d’y installer un commandement régional (ce qui est inacceptable aux yeux des Talibans pour entamer des négociations de paix).
Le commandement régional est un truc inventé, inauguré et disséminé à travers le monde par l’armée américaine: Une organisation autonome, des moyens techniques et opérationnels importants, et un commandant qui devient un chef régional chargé de veiller au bon déroulement de la politique étrangère de son pays, ainsi que de la défense des intérêts des USA; un commandant qui prend une influence qui dépasse rapidement celle de l’ambassadeur local.
A la fin de la deuxième guerre mondiale, nombreuse furent les familles américaines qui réclamaient le retour au pays des Boys, le processus fut ralenti, voire interrompu, par l’apparition des tensions avec le bloc communiste, cet ennemi de longue date.
Si l’Europe s’est libérée d’une doctrine hitlérienne, il n’est pas impossible que l’intervention américaine sur le Vieux-Continent fut, officieusement bien sur, motivée par la progression de l’armée de Staline en Europe de l’Est. Une progression qui amena l’armée Soviétique aux portes de l’Allemagne, aux portes de l’Europe occidentale.
Les USA se devaient de marquer leur présence. Les bases américaines commencent à fleurir. Puis le conflit "froid" s’exporte quelques temps en Extrême-Orient. L’US Army y essaime de nouvelles bases, avant de connaître la déconfiture que l’on sait et de laisser "tomber" momentanément cette partie du globe.
Du coup, et à l’aide d’une surenchère nucléaire qui plonge le monde dans une crise de paranoïa apocalyptique accompagnée par son délire sécuritaire, Washington estime prioritaire de sécuriser l’Europe d’une possible invasion Soviétique. Avec de nouvelles bases US à la clé, puis les fameux Commandements régionaux.
Le Pentagone, au fil de ces 6 à 7 dernières décennies, n’a eu de cesse de se trouver de nouveaux ennemis, de s’inventer de nouvelles menaces, que cela soit en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie ou en Amérique du Sud, pour justifier son existence, ses budgets colossaux et la présence de son armée hors des frontières de son pays.
Au 30 juin 2010, l’US Army recensait 1’434’761 militaires, 770’569 civils travaillant au Département de la Défense. Quant au Complexe Militaire Industriel qui fournit l’US Army en matériel, il faisait travailler environ 550’000 salariés en 2003. On peut dire que plus de 2,7 millions d’américains oeuvrent officiellement, et contre rémunération, à la défense de leur nation.
A titre de comparaison, les trois principaux constructeurs automobiles US (Général Motors, Ford et Chrysler) fournissaient des emplois direct, et indirects, à 3 millions de salariés.
En 2009, sur les dix plus grosses entreprises de défense dans le monde, 7 étaient américaines et affichaient un revenu annuel cumulé de: 177,77 milliards de dollars;
En 2011, le Département de la Défense a acheté pour 374 milliards de dollars de matériels. Dont plus de 93% à ses fournisseurs nationaux.
Et en 2012, c’est 50 milliards de dollars d’armements qui sont partis à l‘étranger (officiellement);
Quant au budget 2013 du Pentagone, il avoisinera les 525 milliards de dollars. Grosso modo deux fois plus qu’en 2001.
Les choses ne vont pas changer de si tôt pour le monde…
Le fameux 10 décembre 2009, lors du discours qui accompagnait la remise du prix Nobel de la paix, M. Obama a évoqué la notion de "guerre juste" en ajoutant que: "un mouvement non violent n’aurait jamais arrêté les armées de Hitler". Une pensée qui rejoint les écrits d’Ayn Rand, écrivain décrite comme étant une philosophe du Tea Party, lorsque celle-ci publie, en 1963, que: "Toute nation libre avait le droit d’envahir l’Allemagne nazie et, aujourd’hui, a le droit d’envahir la Russie soviétique, Cuba ou n’importe quel enclos d’esclaves." A condition que "les conquérants établissent un système social libre, l’invasion d’un pays esclavagiste est moralement justifiée."
Vénérée par Ronald Reagan, Ayn Rand est l’auteure fétiche de Paul Ryan, candidat républicain à la vice-présidence cette année.
Trois ans après avoir reçu son prix Nobel, Monsieur Obama expliquait lors de son discours sur l’état de l’Union du 24 janvier 2012:
"Le mois dernier, je me suis rendu sur la base navale d’Andrews pour saluer le retour de nos derniers combattants en Irak. Le fruit de leur travail démontre le courage, l’abnégation et l’esprit d’équipe de nos forces armées. A un moment où trop nombreuses sont les institutions qui ont manqué à leur devoir, elles ont excédé nos attentes. Elles ne sont pas obsédées par les différences qui peuvent exister entre leurs membres. Elles se concentrent sur la mission à accomplir. Imaginez ce que nous pourrions accomplir si nous suivions leur exemple (…) Ceux d’entre nous qui ont été envoyés ici à Washington pour servir pourraient tirer une ou deux leçons du travail effectué par nos soldats. Quand vous mettez cet uniforme, le fait de savoir si vous êtes blanc ou noir, d’origine asiatique, latino-américaine ou indienne, conservateur ou progressiste, riche ou pauvre, hétéro ou homosexuel, ne compte pas. Quand vous allez au combat, vous veillez sur la personne qui se tient à côté de vous, sinon votre mission échouera. Quand vous vous trouvez au cœur de la bataille, c’est toute votre unité qui gagne ou qui perd, qui sert ensemble une nation qui ne laisse personne derrière elle. L’un des biens les plus précieux est le drapeau du commando de marines qui a tué Ben Laden (…) Leur mission n’a réussi que parce que chaque membre de cette unité s’appuyait sur les autres. Car il est impossible de prendre d’assaut un escalier, dans le noir et le danger, si vous ne savez pas que quelque un veille sur vous, et vous protège. Il en est ainsi de l’Amérique."
Propos rapporté par B. Bréville, qui fait remarqué que "Le président américain demeure, à ce jour, le seul lauréat (Nobel de la paix) rêvant d’une société organisée sur le modèle d’un commando de marines".
L’US Army comme modèle de référence…?
William Pfaff remet l’église au milieu du village dans un article écrit en 2008 "Base américaines sans frontières": "entre le début de la guerre froide et la guerre actuelle en Afghanistan, Washington n’a pas manqué d’occasions de faire tonner le canon: entre autres, guerre de Corée, guerre du Vietnam, intervention au Cambodge, opérations militaires au Liban, à la Grenade, au Panama, en république Dominicaine, au Salvador, au Nicaragua (indirectement), en Somalie, deux invasions en Irak, et une de l’Afghanistan. A l’exception de la première guerre du Golfe, aucune de ces expéditions ne s’est conclue par des résultats conformes aux objectifs affichés".
Pourtant cela n’empêche pas les généraux de croire que l’US Army est la première armée du globe et, aux politiciens qui la servent, de penser qu’ils peuvent imposer leurs idées au reste du monde. Peut-être est-ce vrai. Comme je l’ai déjà dit, l’armée des Etats-Unis est technologiquement supérieure aux autres forces armées. Pour le moment.
L’US Army a une capacité d’intervention très rapide, du fait de ses multiples bases disséminées dans des zones stratégiques. Une présence militaire qui n’est pas là uniquement pour la sécurité de l’Europe, malgré ce qu’elle continue à croire. Parce que si le Pentagone maintient ses troupes dans les pays producteurs de pétrole par exemple, c’est bel et bien pour garder le contrôle sur les ressources Européennes et sécuriser un site qui pourra servir les intérêts de l’Oncle Sam.
L’Amérique ne sert que les intérêts de l’Amérique, et ce, crise économique mondiale aidant, de manière de plus en plus marquée. Ce qui pourrait créer des restrictions budgétaires qui nous seraient défavorables.
Prenons bêtement l’OTAN. Les USA financent l’organisation à hauteur de 25% du budget de son fonctionnement, et fournissent la plus grande partie du matériel.
La France, qui se la pète sur le continent n’est présente que d’un tout petit 10% dans le bilan annuel, en ayant la possibilité de choisir ses engagements sur le terrain (si j‘ai bien tout saisi).
Du côté de Washington, les pressions se font de plus en plus fortes pour que les Européens assument eux-mêmes leur défense. Comme cela devait être le cas à la signature du traité en 1949.
Comme ni l’industrie militaire Française ou Allemande ne sont aptes, ou prêtes, à compenser le désengagement Américain qui s’annonce, la Maison-Blanche se propose de vendre son matériel de guerre aux membres de l’UE (histoire de s’assurer quelques rentrées d’argent supplémentaires) et de garder/gérer le contrôle des opérations quelque part dans un centre de commandement, à l’abri de toutes retombées néfastes aux yeux de l’opinion publique américaine.
L’exemple flagrant: l’intervention en Libye. Sarko a bandé comme un âne en voyant partir ses Rafales, tandis que les Awacs étaient bien loin des éventuels tirs de riposte.
Les Ricains ne vont pas nous planter là comme des malpropres, mais les deux derniers fiascos (Irak et Afghanistan) ont coûté cher à Washington, et au peuple Américain, qui malgré son astronomique budget ’’Défense’’ ne peut pas se permettre une nouvelle invasion (euh… au bol, en Syrie), comme ça, pour le fun d’être le gendarme du monde, alors que l’objectif affiché est le retour à l’autre bout du Pacifique, histoire de faire mumuse avec la nouvelle flotte de guerre Chinoise, et garder un œil grand ouvert sur le commerce maritime de l‘Empire Jaune.
Bref. Choom boy ou mormon en novembre, dans le colon en décembre.
Une petite dernière, pour se faire du mal…
En juin 2008, M. Barack Obama qui vient d’obtenir l’investiture des démocrates pour l’élection présidentielle, déclame devant ses supporters:
"Nous pourrons nous souvenir de ce jour et dire à nos enfants qu’alors nous avons commencé à fournir des soins aux malades et de bons emplois aux chômeurs; qu’alors la montée des océans a commencé à décroître et la planète à guérir; qu’alors nous avons mis fin à une guerre, assuré la sécurité de notre nation et restauré notre image de dernier espoir sur Terre."
Zéro pointé,man.
NEMo.
Merci aux journalistes du Monde diplomatique pour leur intense et riche contribution.
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