vendredi 13 septembre 2013

Pensées sur l'homosexualité

Histoire de mettre fin à une inégalité jugée choquante, le partenaire étranger d’un homosexuel suisse pacsé devrait pouvoir obtenir plus facilement le passeport à croix blanche, sans devoir passer par une demande officielle de naturalisation. Annonce valable au féminin également.
Ben tant mieux pour eux, même si les UDC crient à l’invasion de barbarellos.
De quoi ont-ils peur à l’UDC, qu’on chante « Y.M.C.H. »  en hymne national ?!?
Vouloir faire disparaître le plus d’inégalités en tous genres, c’est une noble idée. Même si l’homosexualité est devenue un sujet sur lequel on ne peut écrire ou s’exprimer tranquillement, car il est souvent impossible de partager une pensée divergente sans se retrouver étiqueté, critiqué, parfois insulté. Dommage, et vive l’égalité et la liberté d’expression homodirectionnelle.

Du coup je me dis bêtement, face à ce désir violent d’égalité absolue, que nous pourrions balancer tout le monde dans le même panier. Que tous les clubs de gym, de fitness ou de sport, que tous les vestiaires et douches des piscines devraient être mixte. Ainsi les femmes qui revendiquent les mêmes droits et devoirs que les hommes se doucheront avec les hommes, ou le contraire. Les addictées du body-sculpting et autres Golgoths de fitness iront se baigner dans une grande baignoire collective, où tout le monde se savonnera mutuellement le dos.
C’est irréalisable, bien sûr. Question d’hygiène…

Dans notre petit monde douillet, alors qu’un bonhomme un peu voyeur se fait traiter de pervers lorsqu’il guigne dans la douche des femmes, comment définir l’homosexuel qui se masse le corps parmi les membres du genre masculin ? Question valable également au féminin.
Les femmes ont un ‘’droit’’ légitime de foutre une baffe à un mec qui passerait trop près de leur fessier ; un mec pourra-t-il flanquer une rouste à un autre ‘’mec’’ pour d’identiques raisons, sans se faire traiter d’homophobe ?
Faudrait-il que les gays se douchent avec les femmes et les lesbiennes avec les hommes, pour éviter tout malentendu ? Impensable, bien entendu.

Pour les personnes voulant préserver leur intimité, parce que le monde n’est pas rempli d’exhibitionnistes et de voyeurs, ou celles et ceux qui expriment encore une certaine pudeur, cela pourrait se compliquer parce qu’on ne va définitivement pas installer douches et vestiaires pour chaque groupe sexuel. Même pas en rêve, ce serait discriminatoire.
Donc l’hétéro pas homophobe mais un poil pudique qui ne souhaite plus entendre les histoires ‘’drôles’’ et crasseuses qui parlent de «canapé convertible difficile à monter » finira par changer ses habitudes. Une minorité lésée dont il faudra bientôt tenir compte, peut-être.
 
Autre question taboue :
Les enfants. J’ai eu un enfant avec cette femme ou cet homme ; je me découvre une attirance homosexuel-le ; je fais mon coming-out ; ou alors mon désir de famille, en tant que gay, est tellement fort que j’établi un contrat avec une amie lesbienne (qui s’est découvert une envie de materner) pour la procréation et l’éducation d’un enfant. Un enfant qui dès le départ subira les rythmes de vie de parents ‘’divorcés’’.
Un enfant ça pose beaucoup de questions, des questions souvent pertinentes. Mais un enfant ça peu aussi se taire sur les sujets qui le rendent triste. Il peut arriver qu’il trouve la force de poser certaine question et bien souvent les réponses des adultes n’amènent qu’un réconfort passager, ainsi que des promesses rarement tenues.
L’enfant dit ce qu’il a sur le cœur, l’adulte répond à côté, l’enfant acquiesce par affection et l’adulte croit que le problème est réglé.
On entend souvent des professionnels de ce-qui-se-passe-dans-la-tête-de-nos-enfants dire : qu’importe les personnes qui vivent avec l’enfant, parce que l’enfant ne demande que de l’affection et que l’on s’occupe de lui (j’évite volontairement les pensées les plus glauques pour ne pas me mettre trop de monde à dos).
 
Quand une petite fille de 6 ans à peine va demander à son papa pourquoi maman vit dans une autre maison avec un autre dame, et que papa vit avec un homme, c’est quoi la bonne réponse ?! Quelle est la bonne réponse à une question qui sera formulée, neuf fois dix, de cette manière : « J’aimerais bien que papa et maman soit dans la même maison » ?
Intervient l’explication d’adulte sur l’impossibilité de réaliser le souhait de l’enfant (là-dessus homos et hétéros se valent sans discussions possible), suivie d’un blabla mielleux sur les orientations sexuelles. Avec le risque d’entendre, venant de la fillette : « T’aime pas les filles ?!? ». Cette remarque a de très forte chance de jaillir de la bouche de la petite fille. Si ce n’est pas avec papa, cela sera avec maman ; si ce n’est pas dans le cadre de la famille, cela sortira à l’école ou avec les copines. La remarque peut très bien ne jamais être formulée, ce qui ne signifie pas pour autant que l’enfant a tout compris, tout accepté.
« Bien sûr que j’aime les femmes, mais elles ne m’attirent pas (…) mais avec toi c’est différent, tu es mon petit trésor (ou mon ange, etc…) ».
 
La question sans réponse qui me vient à l’esprit demande à savoir ce qui va se passer pour cette petite fille lorsqu’elle commencera à grandir, quand elle commencera à devenir une femme ? Redoutera-t-elle de voir son père se détourner d’elle à mesure que sa féminité s’affirme ? Refusera-t-elle de ‘’grandir’’ pour les mêmes raisons ? Que pensera cette enfant quand elle comprendra que son existence n’est pas le fruit d’une union amoureuse entre deux personnes, mais un projet de coparentalité, que deux adultes ne pouvant vivre ensemble ont ‘’signé’’, que le début de sa vie a été régi par « un contrat moral » définissant « des règles au départ pour que tout soit clair ensuite. » ?
L’exemple n’est pas pris au hasard car le ‘’signataire’’ du contrat moral est une personne oeuvrant dans le domaine du divertissement d’une commune vaudoise. Il est aussi l’auteur d’un livre qui parle de la paternité en tant que gay.
Lors d’une interview accordée à un hebdomadaire local, Monsieur P., parle de sa « forte gêne » lorsque le désir d’enfant chez les homosexuel-les est assimilé à de l’égoïsme ou des « horreurs » qu’il a pu entendre. Des horreurs qu’il traduit par la peur de l’inconnu. Il parle également de son association avec une amie lesbienne dans le projet de coparentalité qui mena à la naissance d’une petite fillette… Par quel procédé, on l’ignore.
Parce qu’« Il s’agit de la vie d’un enfant ! », il nous dévoile aussi ces fameuses règles clarifiant dès le départ les choses.
Chaque couple homosexuel-le a sa maison. « Ces deux maisons sont proches géographiquement », c’est bien et pratique. « [Le] foyer principal est chez sa maman, le foyer secondaire chez le papa », formule classique des couples divorcés ; « Nous tâchons de transformer les inconvénients de notre situation en avantages. Etant donné que je ne vois pas ma fille tous les jours, j’utilise ce temps libre pour me consacrer à mon compagnon ou à mes loisirs, et je suis d’autant plus heureux de retrouver ma fille ensuite. »
En gros, le comportement classique du mâle macho hétéro séparé qui vit sa vie de forniqueur, pendant que la maman se tape tout le boulot…
Alors qu’en début d’entretien, Monsieur P. rassurait les lecteurs en disant : « A partir du moment où l’enfant est là, n’importe quel parent sur cette terre lui donne la priorité et cherche à l’élever du mieux possible. »
Quelle priorité à l’enfant si le père choisit de ne pas le voir tous les jours ? Comment va grandir l’enfant si le noyau nucléaire servant de base à son développement n’est pas constitué par deux entités distinctes, mais deux fois deux entités identiques ? Quelles influences un environnement intégralement homosexuel peut avoir sur le développement sexuel de l’enfant quand la mémoire génétique est orientée vers la dualité ? Que deviennent les discussions à trois qui permettent à l’enfant de développer une faculté de jugement, la critique, la négociation, la manipulation, toutes ces caractéristiques permettant de construire l’argumentation, de ce faire une opinion au milieu de pensées divergentes ? (Si c’est pas clair, saisissez l’idée). Quel comportement aura-t-elle une fois l’âge adulte atteint ?
Que de possible dégâts en perspective dans la tête de cette enfant… Tout comme les choses peuvent bien se passer. Mais honnêtement, j’ai un gros doute.
 
Un jour de manifestation contre l’homophobie, un jeune homme gay, qui revendiquait sa différence sexuelle, demandait sur les ondes de notre radio nationale « quel homme a décidé que nous ne pourrions pas avoir d’enfants » ? J’ai trouvé la question assez pertinente. C’est vrai qu’aucun homme n’a interdit aux couples homosexuels de se reproduire, c’est juste la Nature qui ne le permet pas.
La question qui suit est de savoir si nous avons le droit, bien que la science nous le permette, d’enfreindre une ‘’loi’’ qui nous a quand même permis de traverser les millénaires et qui a permis à toutes les créatures vivantes, passées, présentes et à venir, de respirer sur cette terre ? Chacun sa réponse, la mienne n’est pas positive.
 
« La vie trouve toujours son chemin ».
Monsieur P. aime citer cette petite phrase du professeur Malcom dans Jurassic Park à tel point qu’il en a fait sa devise et se veut un tantinet philo en affirmant qu’il y a autant de façons différentes pour la vie de trouver son chemin, qu’il y a d’âmes errantes sur terre.
C’est beau, ça passe bien, c’est optimiste et c’est pas faux. Mais de toute l’histoire de la création et de l’humanité, la seule créature mammifère se déplaçant sur ses pattes arrières ayant enfanté, sans l’intervention physique d’une autre créature tout aussi mammifère, s’appelle Marie.
Dans le premier volet des aventures préhistoriques orchestrées pas Spielberg, le dialogue du film fait dire à Jeff Goldblum, en V.O. : « Life finds a way », « La vie trouve UN chemin » et, pour expliquer la reproduction des dinosaures dans un environnement exclusivement occupé par des femelles, les scénaristes se sont simplement servi d’une spécificité génétique d’une certaine espèce de grenouille exotique qui a la faculté incroyable de changer de sexe en fonction du nombres d’individus de genre différents présents. Une faculté qui garanti la reproduction de l’espèce.
Désolé, mais dans Jurassic Park, il n’y a pas de brontosaures lesbiennes. La vie trouve son chemin par l’union complémentaire de deux organismes opposés. Même les plus grands scientifiques, dans leurs laboratoires de clonage, n’échappent pas à cette règle.
 
D’autres part, je trouve que c’est faire insulte aux homosexuel-le-s que de considérer leur divergence sexuelle comme une maladie, ou d’essayer de trouver un gène de l’homosexualité, et je ne crois pas que l’on naisse homosexuel. Je me dis, en zappant les détails, qu’une suite d’événements a permis, ou encouragé, cette différence et que le reste n’est qu’une succession de choix.
Une ado un peu fragilisée choisit de perdre sa virginité trop tôt avec un autre ado qui n’a pas vraiment de sentiment ; la jeune fille en garde un souvenir douloureux physiquement et psychiquement lorsque le jeune mec ne donne plus signe de vie. La jeune fille, honteuse, choisit de ne pas en parler avec ses parents qui de toutes façon sont absents ou trop fatigués. La jeune fille s’attache à une de ses amies jusqu’à en développer un sentiment d’amour ; elle choisit de se déclarer, l’amie s’en va choquée, et la jeune fille reste trois jours dans sa chambre à pleurer. Sans pour autant choisir d’en parler. Quelle sera la suite… ?
Le choix existe tout le temps. Celui de tenter une telle expérience, de réessayer après un échec, de passer à tout autre chose et que sais-je encore… Mais quand le choix du « coming-out » se fait, qu’il est revendiqué avec force et courage, il y a des portes qui s’ouvrent, tandis que d’autres se referment. Et l’une des portes que l’on laisse volontairement se refermer, et celle de la procréation naturelle.
Aussi cruel que cela puisse paraître, c’est comme ça, c’est la violence de la Vie.
 
Jeff.

jeudi 12 septembre 2013

Ils bombardent ou pas?

Trois récents sondages (deux en France et un en Suisse) ont révélé que les citoyens des pays cités étaient contre une intervention en Syrie ; le gouvernement british a dû faire marche arrière face à la réticence du peuple anglais, tout comme l’opinion publique américaine est réticente à une intervention en Syrie.
Alors pourquoi tous ces élus présidentiels, mandatés par leur peuple respectif pour appliquer les volontés des leurs électeurs font-ils le contraire de ce que la rue exprime ?
Ils font le contraire en intégrant, dans leurs discours expliquant ‘’pourquoi’’ il faut le faire, les valeurs que les nations puissantes ont le devoir de faire respecter tout autour du globe, valeurs incluant la démocratie.
L’UE (plus particulièrement la France) et les States sont d’une certitude sans faille alors que le rapport des enquêteurs de l’ONU n’apporte pas de réelles preuves, et ils se préparent à punir Bachar pour un acte qu’il n’a peut-être pas commis.

C’est en tout cas ce que pensent des amis originaires de Syrie, Carla del Ponte et le journaliste Pierre Piccinin qui au retour de Syrie, où il fut retenu en otage, a déclaré au micro de RTL :
« Ce n’est pas Bachar al Assad qui a utilisé la gaz sarin ou autre gaz de combat (…) nous en sommes certain suite à une conversation que nous avons surprise. » Le présentateur du 13 Heures du lundi 9 septembre 2013 qualifiera cette déclaration de « surprenante et invérifiable ».
Et tout notre problème de conscience est là : C’est invérifiable. Donc nous devons faire confiance à nos journalistes ainsi qu’à nos politiciens tout en sachant pertinemment que les deux peuvent nous mentir en nous regardant droit dans les yeux.

Madame del Ponte disait dernièrement avoir eu connaissance d’horreurs commises en Syrie pires que celles qu’elle avait vu dans les Balkans ; que ces horreurs étaient perpétrées par les deux camps et que dans le conflit syrien il n’y avait pas de bons ou de méchants.
On nous annonce des victimes en centaine de millier. Des victimes civiles pour la plus grande majorité.
Mr Assad fait des victimes civiles avec ses hélicoptères tandis que Mr Obama cause des dommages collatéraux avec ses drones. Tout est dans la manière de le présenter à l’opinion publique.
Le militaire perd son statut de civil dès qu’il enfile son uniforme. Qu’en est-il pour les membres de cette armée libre syrienne ? Sont-ils des militaires, des combattants ou des civils armés ? Idem pour les rebelles ou les membres d’un réseau terroriste.
L’armée syrienne libre recrute sur le tas. Elle investit un bâtiment, enrôle de force les résidents et exécute celles et ceux qui ne veulent pas participer au conflit.
Les troupes du méchant Bachar se pointent : Echange de coups de feu et autres trucs explosifs, et pour finir le bâtiment part en fumée.
Quelqu’un filme dans les décombres et nous montre des cadavres qui ne portent pas d’uniformes. Pour Bachar ses troupes ont dégommé ses adversaires, pour nous il a flingué des victimes civiles.
Mais dans une guerre civile, rien n’est aussi simple et les conflits dans cette région du monde sont très « hallal ».

Aujourd’hui beaucoup de personnalités réclament une solution politique pour résoudre ce conflit. Une solution politique qui satisferait chaque partie en présence dans les négociations, une partie d’échec qui ne léserait personne géostratégiquement parlant, une solution politique qui se fout de l’humanitaire parce que les intérêts des américains, des anglais, des français, ou encore des russes prévalent sur la vie humaine.
Faut pas se leurrer, le peuple syrien, celui qui ne combat pas, celui qui veut préserver sa famille et ses enfants, ce peuple là n’a pas fini de souffrir, parce que, comme l’a dit Mme Carla del Ponte :
« Il y a des méchants des deux côtés ».
Le souci étant dès lors de ne pas se tromper de "méchant".

Supposition de salon pendant un jour de pluie:
Il y aurait, quelque part autour de nous, des personnalités qui rêveraient d'une "Nouvelle gouvernance mondiale". Que ce projet nécessite un grand coup de balai dans les gouvernements du nord de l'Afrique, du Proche et du Moyen-Orient. Une sorte de remaniement ministériel dans les Etats ne voulant céder le contrôle de leurs ressources naturelles à des puissances étrangères.
Bachar aurait pu être très gourmand lors des négociations sur "Desertech", ou simplement le refuser; comme il a pu s'opposer au survol de son territoire pour un hypothétique bombardement de Téhéran.
Ou alors c'est juste pour faire chier Poutine, on n'en sait rien.
Mais on connaît tous ce dicton: "Si tu n'es pas avec nous, c'est que tu es contre nous" et Assad se retrouve avec une révolution sur les bras, devenant ainsi un grand méchant dictateur excité par la vue du sang de ses opposants, témoignages poignants à la clé.
Le monde entier lui demande de débarrasser le marbre de son palais présidentiel, pour laisser place net à la démocratie.
En bon dictateur, il refuse.
Le temps passe, les images de carnage s'enchaînent au rythme des victimes qui se multiplie.
Mais pendant se temps, ça négocie toujours.
Un beau matin, ce sont les rebelles qui se retrouvent accusés d'exactions pas jolies-jolies. Ils se font gentiment remettre à l'ordre par les gouvernements du monde libre, et on commence à parler de la présence d'activistes terroristes dans leurs rangs.
Bachar aurait-il revu ses "ambitions" à la baisse? On n'en saura jamais rien.
Mais en bon dictateur, il propose d'attendre les prochaines élections et de se plier à la décision des urnes. Ce que ses opposants, en bon révolutionnaires, refusent.
Les morts continuent à se multiplier, les gouvernance continuent à négocier, Téhéran hérite d'un leader politique plus "modéré" et la révolution Turc ne fait pas long feu (mais durera quelques jours de plus que la Marocaine).
On menace Bachar d'une ligne rouge infranchissable qui devient une jolie ligne blanche discontinue au moment des faits. Était-ce pour lui laisser un peu de temps pour régler son problème en "interne"?
Il y a tellement d'"ethnies" et de forces différentes présentes en Syrie que cela doit être un véritable casse-tête pour réussir à sortir de cette guerre en évitant le plus possible les représailles futures.
Si l'homme de Damas a fini par accepter les propositions (dont nous ignorons tout) du "Nouvel ordre mondial", il accueillera les observateurs onusiens venant contrôler et surveiller son stock d'armes chimiques. Du coup, les force rebelles doivent être démantelée. Comment le faire sans froisser l'opinion publique? Al Qaïda, peut aider. Le décès, lors d'une attaque isolée, d'un observateur Russe résoudrait le problème.
Ensuite il faudra plus ou moins satisfaire les demandes des vrais combattants qui espéraient une Syrie un poil plus démocratique. Un découpage Nord-Sud avec accès sur la mer pour la partie la plus à l'Est? Au même conditions imposées à Bachar al Assad, bien entendu.
Au final nous connaissons que dalle des tenants et des aboutissants du drame humain qui se déroule quotidiennement en Syrie. Sauf que l'humain, au risque de me répéter, n'est pas au centre des préoccupations de ces beaux gouvernements du monde libre qui dissertent sur le droit d'ingérence.

Comme je vous l'ai dit en seconde intro, ce ne sont que des suppositions de salon faites par une matinée de pluie, et il a cesser de pleuvoir.

NEMo.

jeudi 5 septembre 2013

Parler flouté

Il y a bon nombre de pays, proches ou lointains, qui nous envie notre démocratie directe. Une démocratie qui nous envoie aux urnes plusieurs fois l’an lors les votations populaires.
On y retourne bientôt, d'ailleurs.
A la toute fin des vacances, les différents partis politique qui fleurissent la Berne fédérale sont parti en campagne pour tenter de nous influencer, ou nous conforter, dans les choix que nous ferons le 22 septembre prochain. Dans le lot, une initiative qui demande la suppression du service militaire obligatoire ; une loi fédérale sur la lutte contre les maladies transmissibles de l’homme (loi sur les épidémie) ; et une modification de la loi sur le travail.

C’est le dernier objet qui m’a fait sourire.
Les écoles romandes venaient d’accueillir leurs élèves pour une nouvelle année scolaire quand j’aperçus, au coin d’une rue, une grosse affiche représentant une fourchette plantée dans un morceau de saucisse à rôtir. Avec la date du 22 septembre et quelques détails inscrits en dessous. Comme j’étais au volant et un peu pressé, j’ai pas eu le temps d’en faire une photo souvenir.
Je me suis demandé qu’elle lien pouvait avoir une saucisse à rôtir avec une loi sur le travail, et j’ai aussi pensé aux rares touristes traînant dans nos rues :
« Ach… ! Wunderbar la Schweiz, ils fotent une loi pour vabriker de la zôssisse… »
Ca c’était avant que je lise le texte s’y rapportant. J’ai donc lu le texte et je reste perplexe.

Dans le petit livret rouge, expliquant les textes soumis au vote, qui nous est distribué avant chaque votation il est écrit, en « aperçu », que « le personnel des stations-service situées sur les aires d’autoroutes ou le long d’axes de circulation importants fortement fréquentés par les voyageurs peut aujourd’hui vendre du carburant ainsi que du café et de la petite restauration 24h sur 24. Mais il doit bloquer l’accès aux rayons du magasin de la station-service entre 1h et 5h du matin, car la vente des marchandise est interdite pendant cette tranche horaire ».
Perso, pour les rares fois où je me suis retrouvé en station-service tard le soir, le fait que le magaze soit fermé ne m’a pas dérangé plus que cela, et j’arrive, avec plus ou moins de réussite, à anticiper les vides de mon frigo. Ou il y a Lolo, qui aime tant marcher.

Les pros ‘’ouverture’’ avancent que les habitudes de consommations ont changé. Le Conseil fédéral va dans ce sens également, en essayant toutefois de rassurer les perpétuellabeurophobe : « Le travail de nuit et le travail dominical ne seront autorisés que dans les magasins de stations-service qui proposent des marchandises ou des prestations répondant principalement aux besoins des voyageurs.»
Sauf que ces gens savent très bien que le sapiens gaster-crétinus ne manque de rien tant qu’on ne lui a pas proposé quelque chose ; comme ils savent très bien qu’une fois le client attiré par la lumière il finira par acheter n’importe quoi, même s’il ne trouve pas ce qui répondait principalement à son besoin.
Parce qu’il nous est impossible, à nous autre humain cloisonné dans notre psychorigidité de pressentir les besoins de nos congénères. Du coup, pour être sûr de tomber juste, il faudrait ouvrir un centre commercial 24/24. Mais ça, ça été refusé.
En fait la prolongation des ouvertures dans les stations-service ne répond qu’à un seul besoin : celui des grands groupes pétrolier et de leurs associés dans la grande distribution, comme la récente association Sokar-Migros par exemple.

Le petit livret rouge veut aussi rassurer ceux qui sont contre la surconsommation à outrance en nous laissant croire que la future consommation des nyctalopes sera sous contrôle : « Les marchandises ne pourront être vendues que dans des quantités pouvant être portées par une seule personne». C’est oublier que grâce aux sacs Ikéa ou Toys’r’Us, une personne seule peut emporter grosso modo 400 balles de marchandise, et je vois mal un policier devant la porte de chaque station pour contrôler les sacs des clients.

La question qui me vient ensuite à l’esprit, est : qu’est-ce qu’un axe de circulation important fortement fréquenté ?
Pour la confédération les axes en question sont ceux « qui relient des grandes localités, des cantons ou des pays, et sur lesquels se déploie l’essentiel du trafic de voyageurs. Ne sont pas concernés les axes qui supportent le trafic quotidien des pendulaires entre les localités proches ou le trafic au sein des agglomérations ou des localités ».
A l’heure actuelle et au vu de l’intensité du trafic quotidien sur nos routes, si vous enlevez les pendulaires (nous sommes tous des pendulaires dès que nous changeons de ville pour travailler...)ainsi que tous les professionnels utilisant le réseau routier et autoroutier helvétique, il ne reste plus grand monde sur les routes. Donc pas de quoi justifier des permissions de vente prolongées…
Il ne faut pas se leurrer, ce sont bien les pendulaires, et leur porte-monnaie, qui sont visés par cette modification en nous faisant croire que, lors de notre prochain départ en vacance, nous aurons envie d’acheter de la saucisse à rôtir à suçoter pendant le voyage.
Le terme « voyageur » peut aussi prêter à confusion. Lorsque votre boss vous expédie à Perpette-les-Ouailles pour voir un client, vous êtes en déplacement ; lorsque que vous partez avec armes et bagages à Pétaouchnok, vous partez en voyage. « Voyager » dans l’inconscient collectif se rapporte aux vacances. Pour nos élus évangélisateurs de l’hyper surconsommation, tout individu qui se déplace d’un point « A » au point « B » est un voyageur. Donc, quand vous vous rendez sur votre lieu de travail, vous voyagez, c’est académique.

Le bon côté de la chose… ? On pourra acheter du P.Q. à trois heures du mat’.
Non. Je pensais aux sorties de club. Dans un temps lointain, la jeunesse fêtarde se réunissait devant la porte du laboratoire du boulanger qui ouvrait le dimanche et attendait sagement que les croissants et les pains au chocolat sortent du four. C’était interdit, mais comme le boulanger était pote avec les keufs, tout le monde y trouvait son compte. Les vrais boulangers ont quasiment disparus des grandes villes, remplacer par des artisans industriels et leurs bouffes préchauffées.
Donc, les générations d’après se sont orientées vers les sphagouzes bolo, al dente avec une boîte de whyskas et pas mal de ketchup.
Maintenant le prochain truc tendance sera peut-être l’« after saucisse à rôtir ».
Trois heures du mat’, au Mad. Deux mecs trois meufs, totalement cuit.
"Eh les filles, on passe chez Agip se chercher de belles saucisses à rôtir et on va chez moi cuisiner tout ça ? "
Les brunettes :
"Tu nous prends pour qui ?!? On couche pas le premier soir et je suis contre les trucs en groupe… "
La blondasse hyper-bombasse :
"Ouaich, trop top… ! Mon four est hyper chaud ! Et j’fournis la crème………… "
Le futur cuistot :
"Faut une sauce brune pour la saucisse à rôtir… (lol, mdr, ptdr)"
La bhb :
"Mmmmh…. Ouaich. Mais doucement, c’est la première fois (depuis samedi dernier)."

Malgré tout, la blondasse hyper bombasse a tout compris. La droite néolibérale tente depuis des années de nous faire travailler non-stop, et à chaque fois le peuple a dit : "Niet". Cette fois les PLR&Co nous la font à rebours en essayant de créer l’exception qui justifiera la règle.
Et si les politiciens veulent absolument nous voir consommer encore et encore, c'est qu'il n'y a plus que ça (ou presque) qui maintienne le PIB dans des valeurs positives.
Alors même si le staff des stations Agip, BP, Sokar, plus les autres est sympa, je voterais  "Non" dans quelques jours.

NEMo.

mercredi 4 septembre 2013

Ich Nestele

(Petite redif' de saison.)
Etre chocolat :
Contrairement à une légende urbaine bien encrée dans l’esprit des bipèdes humanoïdes contemporains, la Suisse n’a pas été le premier pays à produire du chocolat, un chocolat qui se buvait, avant d'être croqué.
Introduit en Espagne, Italie, France, Autriche, Allemagne, Pays-Bas, Angleterre et Belgique dès la moitié du XVIIème siècle les royaumes cernant l’Helvétie parvenaient aussi à produire leur divine boisson.
Pour la Suisse, l’histoire du chocolat débute véritablement en 1722, à Zurich. Une tentative Italienne pour  développer, à Berne, la première fabrique de chocolat destiné à la boisson fut un échec commercial.
La première chocolaterie véritablement Suisse sera fondée à Vevey en 1767, et restera en fonction jusqu’en 1898.
L’attrait pour cet aliment et les récentes découvertes de l’époque qui permirent d’en diversifier la présentation, ainsi que sa consommation, encouragèrent la création de nouvelles sociétés.
Se fonderont successivement les maisons Suchard, Köhler, Sprüngli Klaus, Peter, Cailler, Tobler et Lindt.
Trois d’entre eux se distingueront : Cailler, qui parvenait à produire du chocolat fondant ; Köhler, qui était spécialiste en confiserie et Peter, qui était maître de son invention : le chocolat au lait.

François-Louis CAILLER, qui était déjà un chocolatier confirmé, créera la première chocolaterie moderne en 1819 grâce à des machines de son invention.
Daniel PETER était le descendant d’une famille d’immigrés Alsaciens. Né dans le nord vaudois, il vint chercher du taf sur les rives du lac Léman. En 1863, il se marie avec Fanny CAILLER.
Trois ans plus tard, suite à quelques fusions séminales, le petit Alexandre-Louis CAILLER voit le jour à Vevey et, en 1867, la compagnie PETER CAILLER & Cie apparaît dans le monde du chocolat.
C’est à partir de 1875 que Daniel PETER parvient à incorporer du lait au chocolat (du lait condensé produit l’Anglo-Swiss Condensed Milk Co).
L’Anglo-Swiss … est une société anonyme installée à Cham et créée par deux américains : les frères Page.
Encore sept ans avant que Daniel PETER ne trouve le moyen de faire de sa découverte un aliment solide. La plaque de choc naît en 1882 (Gala Peter), et il faudra encore moins d’un siècle pour qu’un petit dauphin en fasse la pub.

Le petit Alexandre, parti apprendre le métier en Italie du côté de Turin, revient au bercail en 1888 et s’installe aux rênes de l’entreprise familiale.
Que se passe-t-il durant la décennie suivante ? Y-a-t-il eu de l’eau dans le gaz entre les associés, des soucis économiques ou des rêves d’expansion ? No sé.
Toujours est-il que la production de la chocolaterie veveysanne cesse en 1898 (?). Monsieur CAILLER installe sa nouvelle fabrique à Broc en 1899 (pour être plus près du lait des vaches), tandis que Daniel PETER inaugure une usine de chocolat au lait à Orbe en 1901.

Pour des raisons de croissance économique (conquête de nouveaux marchés) Peter et Köhler fusionnent en 1904. Sept ans plus tard, en 1911, la nouvelle société s’appelle Peter, Cailler, Köhler, Chocolats Suisses S.A.
Il faut encore attendre dix huit ans pour que Nestlé se lance officiellement dans la course au chocolat en participant à hauteur d’un million de francs au capital de Peter & Köhler. En contrepartie, les créateurs du chocolat Suisse, s’engagent à commercialiser leurs produits sous la griffe de la puissante firme Nestlé. Nous sommes en 1929 et l’histoire du chocolat Suisse a 207 ans…

Sources :
Article de Leila Scharwath et Lauriane Mbalikada, gymnasiennes journalistes et historiennes du gymnase Provence à Lausanne /Le Régional N° 671
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chocolat_Cailler
… et pour la suite :
www.nndb.com/people/558/000165063/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Nestl%C3%A9
www.letempsarchives.ch

En 1814, à Frankfort-sur-le-Main, Johann Ulrich Matthias et Anna-Maria Catharina donne naissance au petit Heinrich NESTLE.
L’Histoire raconte que 25 ans plus tard l’homme pète le « i-ch » et devient Henri Nestlé.
L’exil en Suisse date de 1843 et, suite à quelques déboires économiques de l’époque, il invente, en 1866, la fameuse Farine lactée Henri Nestlé, sur le modèle du lait artificiel conçu une année plus tôt par Justus von Liebig, un pharmacien resté en Allemagne.
La réussite est au rendez-vous. Les convoitises certainement aussi.

En 1875, Henri Nestlé vend son entreprise à une société veveysanne composée de Jules Monnerat (syndic de Vevey), Pierre-Samuel Roussy (meunier et fournisseur d’Henri Nestlé) et Gustave Marquis (propriétaire au Châtelard sur les hauteurs de Montreux).
[Une vente qui a fait sensation à Vevey, vient de transférer l’établissement créé par M. Nestlé, pour la fabrication de la Farine Lactée, à une société de financiers de notre contrée, moyennant le chiffre respectable d’un million de francs. (…) Cet établissement fait travailler un certain nombre d’ouvriers auxquels M. Nestlé vouait une grande sollicitude. Espérons que les successeurs marcheront sur les traces du fondateur de cette nouvelle source de richesses pour notre contrée.
Article paru dans La Gazette de Lausanne du 24 novembre 1875]
Henri Nestlé ne conserva aucun intérêt de propriétaire dans la nouvelle S.A. Une S.A. dont il ne fut jamais actionnaire. Pourquoi ?
Monsieur H. Nestlé quittera ce monde un jour d’été 1890.
 
Au début septembre 1899 l’assemblée générale de l’Anglo-Swiss Condensed Milk Co, qui fournit déjà PETER CAILLER & Cie, se prononce contre une fusion avec la société Nestlé.
Ce n’est que partie remise.
En 1905 Nestlé est absorbée lors de la fusion avec la même Anglo-Swiss Condensed Milk Co., et aura deux sièges sociaux : l’un à Vevey, l’autre à Cham, dans le canton de Zoug.
Le 21 août 1907, lors d’une séance du Grand Conseil Vaudois, Monsieur A. Gavillet pose la question de savoir si la société nouvelle paie son impôt dans le canton. Monsieur Virieux répondra que la société est imposable dans les deux cantons et qu’il convient d’engager des tractations avec Zoug pour « arriver à une répartition équitable ». En d’autres termes, on peut imaginer que Nestlé-Cham a introduit la concurrence fiscale en terre Helvétique et que ce n’est pas le taux le plus élevé qui l’a emporté.
Pourtant, quelques mois précédents la fusion, la société veveysanne niait farouchement tout flirt avec la société de Cham : « La société H. Nestlé n’a nullement l’intention d’entrer dans de pareilles combinaisons, surtout pas dans le but d’avilir le prix du lait », ont pu lire nos ancêtres veveysans en septembre 1904…
Et 9 ans plus tard, soit en 1913, la guerre du lait éclate entre la société fabrique de lait condensé Nestlé- Anglo-Swiss et l’Union centrale des producteurs de lait suisses. Nestlé, qui au début mai 1913 payait les 100 kilos de lait 20 fr 60, baissa son offre à 16 francs.
Pauvres paysans. La sueur du labeur n’a jamais eu aucune valeur dans un monde capitaliste et une vache ne demandera jamais quelconque rémunération pour produire du lait, juste de l’herbe et de l’eau.
Au début du XXe siècle la cherté du lait était la faute au fromage ; au début du XXIe, c’était la faute aux yaourts et aux chinois.
 
L’époque qui suit 1905 marque le début de ce qui deviendra la « croissance organique » et installera les infrastructures des futures délocalisations. Des fabriques Nestlé commencent à pousser en Europe et en Amérique du Sud (Brésil, cher Brésil), tandis que la société Nestlé-Cham tape l’incruste chez les actionnaires des sociétés travaillant dans l’alimentaire.
En 1911 Nestlé détient des parts dans la société issue de la fusion de PETER-KOHLER SA et des Chocolats au lait F-L CAILLER. Une participation qui mènera au rachat de Peter, Kohler, Cailler, Chocolats suisses SA de 1929.
La suite de l’histoire ne sera qu’une succession de fusions et autres rachats de compétences concurrentielles nationales ou étrangères, ce qui me laisse penser que la Nestlé actuelle n’a rien inventé hormis le café soluble. Léger pour le numéro un mondial de l’alimentation, trouvez pas ? Mais cependant tout à fait normal pour une société de financiers.
 
En 2013, aux premières lueurs de l’aube de l’inauguration du futur musée de la société qui fêtera ses 150 ans d’existence en 2016, le CEO actuel ne se gêne pas de dire, le dentier en éventail, que la société Nestlé partage les valeurs de son père fondateur.
Herr Heinrich Nestle aurait-il cautionné ces publicités faites en Amérique du Sud, encourageant les pauvres mères de familles à utiliser de l’eau dangereusement potable pour mélanger la fameuse farine lactée, parce que la pub osait prétendre qu’elle était meilleure que le lait maternel ?
Herr Heinrich Nestle aurait-il accepté que des installations amenant l’eau dans des camp de réfugiés soient laissées à l’abandon, et que ces dites installations ne soient conçues uniquement dans le but de satisfaire momentanément une entité onusienne ?
Herr Heinrich Nestle clamerait-il que l’Eau a une valeur marchande, ou que les cultures OGM sont meilleures que les cultures bios ? Se serait-il vanté que près de 4,5 millions de personnes dépendent de sa société ? Se serait-il gargarisé de nous nourrir ?
J’en doute.
 
Heinrich NESTLE, qui créa la farine lactée éponyme, le fit parce que la mortalité infantile était élevée à son époque. Je me dis que si son but n’avait été que de s’enrichir sur le malheur des autres, il serait resté actionnaire dans la nouvelle société créée en 1875. Ce qu’il ne fit pas.
Monsieur NESTLE est mort brutalement le lundi 7 juillet 1890. L’article du 9 juillet paru dans la Gazette de Lausanne nous apprend qu’une fois « sa fabrique vendue, il se retira à Glion et vécut paisiblement du fruit de son labeur » ; que « Glion lui doit une eau abondante qu’il fit amener à ses frais, et Montreux lui devra peut-être un jour son marché couvert, si l’on parvient à se mettre d’accord sur l’emploi des 80'000 francs qu’il avait généreusement donnés dans ce but ». La générosité était aussi une qualité de Monsieur Nestlé, qui savait donner sans rien attendre en retour : « Quant aux bonnes œuvres de toutes sortes auxquelles le défunt s’intéressait avec Mme Nestlé, on n’en pourrait faire la liste : jamais quêteur ne se retira les mains vides de Glion ou de Bon-Port ».
Sa dépouille fut mise en terre au cimetière de Territet/ Montreux.
 
Au fil des articles de l’époque, que l'on peut retrouver dans les archives du Temps, Monsieur Nestlé est apparu comme un personnage qui aurait eu les qualités d’un philanthrope. Du coup, n’allez pas croire que ce sentiment respectueux s’applique de facto à l’hydre alimentaire et surtout financière qui naquit en 1875!
 
NEMo.

jeudi 22 août 2013

Last week

La dernière semaine de vacances s’achève, laissant derrière nous les cadavres des tubes d’écran solaire, les stocks de canettes de bière vides et d’emballages de viandes à grillades ; les souvenirs de la dernière tentative de noyade en sautant dans l’eau après s’être assommé de ‘’blondes’’ au soleil, les souvenirs de l’ultime soirée avec la cousine du pote avant qu’elle ne reparte dans son pays loin là-bas.
Dernier espoir : Envoie  « COCU au 71777 » pour savoir si ton copain a envoyé « NEXT au 74567 » pour savoir quand commencera sa nouvelle liaison avec cette taspé de cousine.
Fini les belles vacances bien méritées après un début d’année plus qu’humide, après une météo printanière déprimante dont on n’a cessé de mesurer l’impact économique pour le commerce en général. Pour l’impact écologique sur notre bon vieux caillou, faut attendre.
Un bel été qui a mis un petit quart sud-ouest de la France en restrictions d’eau alors que, presque à l’autre bout des terres, le fleuve Amour déborde vers la frontière Sino-Russe et, beaucoup plus bas, Manille écope en 48 heures l’équivalent de la moitié des précipitations annuelles sur Paris (env. 300 litres au mètre carré), résultat du passage d’une tempête tropicale en période de mousson.

Il arrive que les quelques minutes du bulletin météo, diffusé sur M6, débutent par « l’image du jour ». Un glissement de terrain, une inondation, une tempête exotiquement tropicale (Manille) ou autre déchaînement naturel. Il arrive aussi parfois, dès qu’il y a des morts, que les grosses colères de la Nature fassent le premier titre des journaux télévisés. Les avants dernières bonnes nouvelles de l’été.
Le mardi 20 août, sur M6, le premier titre parlait d’une fusillade à Marseille, classifiée en « règlement de compte » avec tout le déballement politico-médiatique  s’y rattachant.
«  Le treizième règlement de compte dans la cité phocéenne depuis le début de l’année », l’envoi de renforts policiers dans une ville où la guerre des gangs menace la sécurité des citoyens, cela ne se rate pas. Surtout dans une région où les « agressions sur personnes ont baissé de 13% en un an ».
Après cela ça parle de la « menace terroriste » inexistante, de bavure policière, d’exploit médical, de rentrée scolaire, des photos d’un petit chiard royal et enfin de l’ « Overshoot Day ».

L’OD, c’est quand nous avons épuisé les ressources naturelles que notre bonne vieille Terre renouvelle annuellement, et que nous aurions dû bouffer en une année.
Au vu du remplissage des rayons dans tous les supermarchés du monde civilisé, c'est une date plus qu’abstraite à partir de laquelle nous consommons nos réserves et empiétons sur la ‘’production’’ de l’année suivante.
Une date qui marque le début de notre dette écologique et alimentaire envers Gaïa ; une dette dont nous ne nous acquitterons jamais, bien entendu.
Une date, qui selon les calculs et les dires de Greenpeace, est tombée ce 20 août 2013. En 1987 nous étions presque à l’heure, l’Overshoot Day était intervenu le 19 décembre.
Que de progrès réalisés en 26 ans…

Moins global, plus local…
Quand ils ne laissent pas un wagon citerne de produits chimiques (vide heureusement) fuguer d’une gare valaisanne et finir sa course contre un butoir de sécurité en zone urbaine, les CFF continuent a percuter des véhicules ou a passer sur les gens qui tombent accidentellement, ou pas, sur les voies.
Les fameux « accident de personne ». Personne qui em… des milliers de voyageurs ; le classifié dans le 90 %  des « cas psychiatrique » dans la stat des suicidés. Le 10 % restant dénombrant la quantité de jeune, jusqu’à 25 ans, voulant voir si la vie de l’au-delà est meilleure qu’ici bas.
Dans nos belles contrées qui veulent cultiver l’égalité intégrale, force est de constater que jusque dans la mort, les inégalités sont hurlantes de discrimination.
Quand Roger se fait péter la tronche, ou prend le train en marche, personne n’en parle. C’est un cas psychiatrique. Par contre, quand le boss de l’opérateur national des télécommunications décide de se pendre, il a toutes les ‘’excuses’’ humaines des classes dirigeantes et politiques sur la difficulté de vivre dans un monde en éternelle compétition, éloigné de ses enfants.
« Un homme et un directeur général hors du commun » ;
« (…) nous l’admirions tous, nous l’aimions tous, à juste titre. L’homme dirigeait 17'000 salariés et réalisait un chiffre d’affaires de plus de 11 milliards de francs par an. »
A juste titre… Roger n’était peut-être qu’un laveur de carreaux au chômage qui venait de voir sa femme le quitter avec ses gosses. Mais surtout, Roger n’avait pas de villa pour se pendre et il ne réalisait pas 11 milliards par ans !
En fait, ce n’est pas le big boss qui réalise un C.A. de ‘’X’’ milliards annuellement. Ce sont les milliers d’employés soumis au stress concurrentiel qui, par leur professionnalisme et leur charisme, parviennent à nous convaincre que « Deutel » et meilleur qu’« Untel ». Et, finalement, ce sont bien les utilisateurs qui sortent leur argent de leur porte-monnaie pour gonfler le chiffre de l’opérateur.
Mais pas de violence, c’est la fin des vacances.

La rentrée c’est le retour de la concierge d’en face, revenue de ses terres lusitaniennes. Revenue avec son amour toujours débordant pour les enfants qui ne mangent pas le bacalà-haut… de la morue, quoi.
La rentrée c’est aussi le retour de mes chers voisins qui cultivent encore et toujours les appâts pour la pêche dans le local des containers du bâtiment (certains voisins, faut pas généraliser).
Le p’tit Nono, lui, ne veut pas entendre parler de l’école pour le 26 prochain mais insiste pour se faire payer un sac à dos deux fois trop gros à 189 francs chez Manor. Il n’aura pas ce sac…
Le Matin se demande où le canton va bien pouvoir caser 60'000 élèves de plus ? Et nous répond quelques jours plus tard : Dans les corridors des établissements scolaires. C’est con. A force de construire des logements d’un certain standing pour attirer les foules au crapaud aisé, nos chers élus oublient qu’un être humain ça se reproduit et quand ils veulent les crédits nécessaires pour construire une nouvelle école, cela passe mal dans le budget communal… Alors quand on a besoin de sousous, on emmerde les automobilistes. On augmente les différentes taxes, l’essence et on multiplie les parcmètres. Peut-être que dans 150'000 ans les nouveaux horodateurs installés en ville auront compensé l’impôt que Nestlé ne paie pas. Mais nous ne serons plus là pour le savoir, d’ici là.

La rentrée c’est l’occasion de revoir tous nos collègues de travail, les mêmes qui ont pu suivre, liker et commenter nos tribulations sur FB ; c’est l’occasion de retrouver nos chefs avec lesquels nous avions gardé un contact discret, au cas où, parce qu’ils nous l’avaient demandé… C’est aussi l’occasion de raconter les détails invisibles de ce qui n’a pas été posté et de comparer les bronzages, les bibelots et l’herpès génital.
La rentrée ce sera aussi la possibilité de contracter nos assureurs pour savoir si ils font la complémentaire chômage, comme vu à la télé, histoire de maintenir nos niveaux de vie si nous faisons partie des boulets que notre boss va larguer lors du prochain redimensionnement de l’entreprise.
Allez savoir pourquoi le mot "chômage" traumatise tant l'Helvète moyen...
Une bonne nouvelle… ?

Euh… Ben si ton chien pue de la gueule le matin au réveil, tu lui fais mâchouiller les bâtonnets Dentastix Fresh, à la menthe, vendu par Pédigree.

NEMo.

lundi 12 août 2013

Les temps changent.

Le kilo de pain à 2 francs, le litre de lait à 1 francs et des poussières, le litre d’essence 70 à 80 centimes meilleur marché, comme tout le reste. Les filles avaient leur journal intime qu’elles partageaient avec leur meilleure amie, aucun ami n’était virtuel et quand un pote était en retard on l’attendait tranquillement.
Les pharmaciens n’encaissaient pas nos factures ; La Poste ne faisait pas épicerie, le buraliste ne fourguait pas des abonnements de téléphone et le facteur n’était pas stressé par un gadget électronique ; dame Brigitte avait le temps de papoter sur tout et rien dans les locaux du futur Swisscom ; les voisins se saluaient et les vieux se respectaient un peu plus. On a été jeunes et cons aussi, mais plus modérément. Les conflits territoriaux entre jeunes des villes ne duraient généralement pas plus longtemps qu’une bonne bagarre à mains nues, les soirées arrosées se comptaient, mensuellement, sur les doigts d’une main de lépreux et le porno se visionnait sur VHS.
Cet élan de nostalgie qui me fait regretter une époque datant de 25-30 ans plus tôt est-il l’indice trahissant une vieillesse qui s’approche ou le constat que cette vie passée n’était, malgré quelques libertés en moins, pas pire qu’aujourd’hui ? Chacun aura sa réponse. Mais plus on va de l’avant, plus cela se dégrade.

Dans ce passé pas si lointain que cela l’automobiliste Suisse savait quand, au retour de vacances à l’étranger, il se retrouvait sur le bon vieux territoire helvétique : les pneumatiques de son véhicules devenaient plus silencieux, les amortisseurs se calmaient et les rotules de direction respiraient. Il faisait bon d’arpenter le réseau routier et autoroutier Suisse en ce temps là. Aujourd’hui, pour trouver pire que nos routes, il faut aller en Afrique, en Inde ou dans un village Albanais. J’exagère un peu mais les villes sont devenues de véritables champs de bosses pour les suspensions des voitures (je ne parle pas de la multiplication des modérateurs de vitesses – les fameux gendarmes couchés), tandis que nos belles autoroutes ont besoin d’un sérieux lifting. Ceci sans compter que l’ensemble du réseau n’est plus de taille pour absorber convenablement le flux sans cesse croissant d’automobilistes.
Celles et ceux qui en ont marre de perdre leur temps dans les ralentissements, bouchons et autres accidents se rabattent sur les transports publics pour leurs déplacements. C’est tellement plus sûr le bus ou le train…

Dans une époque de jeunesse qui s’éloigne, je ne me souviens pas de trains en retard. Ou très peu.
Les Chemins de fer fédéraux (CFF) c’était kekchoze, une fierté nationale ! Mais le temps a passé et les dirigeants on peut-être préféré s’en mettre plein les fouilles sur le dos des contribuables plutôt que d’entretenir un réseau vieillissant. Du coup le matos lâche et les problèmes de « ligne de contact » ou « ‘d’aiguillages » s’additionnent les uns aux autres et aux erreurs humaines. Ajoutez à cela des véhicules qui traînent sur des passages à niveaux non protégés et les accidents de personnes (suicides) et vous obtenez un joli petchi en gestation.
Maintenant vous triplez la cadence de passage des trains en gare, vous multipliez le nombre de correspondances pour les dessertes locales. Vous additionnez le tout, vous faites la racine carrée et vous divisez par la constante de Kepler pour obtenir l’âge du mécanicien qui a sauté de sa loco le 29 juillet 2013 pour éviter le choc frontal avec un autre train.
Il y aurait 3'000 lignes CFF en service en Suisse. 1'200 d’entre elles n’ont qu’une seule voie pour un trafic bidirectionnel. Des lignes et des employés qui subissent les mêmes ‘’pressions’’ que l’ensemble du système : des humains voulant être rendus avant d’être partis et un directoire qui privilégie le rendement à la sécurité. Les chances pour que cela ne finisse pas dans le drame sont minces.

A la fin mars de cette année, après un début d’année assez chaotique, le big boss des CFF, Monsieur Andreas Meyer, se voulait positif lors d’un entretien, enfin, accordé aux journalistes.
« Nous ne sommes pas en crise » avait-il lancé, avant d’annoncer que, malgré les nombreux incidents, dont la diversité des causes ne constituait pas un fil rouge pouvant mener vers une crise interne, la direction générale a mis en avant, lors du bilan annuel, la satisfaction de leur clientèle et la ponctualité des transports, des indicateurs qui ont évolué de manière positive.
Quant au manque d’informations de la part de la régie lors d’événements qui laissent sur les quais de gare des centaines de voyageurs dans l’ignorance la plus crasse, et l’absence totale de communication de la direction générale pendant ces mêmes événements, le patron explique :
 « Nous avons décidé que les chefs des secteurs Infrastructure et de Sécurité allaient s’expliquer et que je parlerais lors du bilan annuel. Si nous avions traversé une vraie crise, j’aurais naturellement été présent lors de la conférence de presse du début d’année. (…) Et le directeur général se déplace en cas de crise ».
Un DG ça chouchoute les actionnaires, pas les misérables voyageurs qui contribuent jours après jours à son enrichissement. Eux, on les laisse se dépatouiller avec le petit personnel, un petit personnel dont le nombre fond comme neige au soleil pour limiter les charges humaines de la régie.
 
Début août 2013 le DG s’est quand même déplacé pour une conférence de presse suite à une collision frontale entre deux trains en gare de Granges-Marnand. Un choc qui a fait une victime (un jeune conducteur de train) et 35 blessés. L’accident est dû à une erreur humaine : l’autre mécano, celui qui a pu sauté de son train, n’a pas respecté le feu rouge et aucun système de sécurité n’a immobilisé le convoi (de toute façon il n’y en avait pas).
Les victimes de l’accident ont reçu quelques lignes d’excuse et un bouquet de fleurs ; le mécano incriminé rendra des comptes devant la justice, les CFF ne seront pas (trop) lésés et le big boss peut continuer de réclamer, comme il le fait depuis le début de l’année, ses 50 millions pour moderniser l’ensemble du réseau.
Le mécano sera vraisemblablement condamné à une peine avec sursis ; Berne lâchera un petit quelque chose modeste pour les joujoux de môsieur Meyer et subventionnera l’Italie à hauteur de 230 millions de francs pour compléter la ligne ferroviaire du Gothard. Et dans deux semaines tout le monde aura oublié.
A moins que les chinois ne s’en mêlent…
 
Lors de la fameuse conférence de presse il y avait beaucoup de monde, dont pas mal de médias venant de l’étranger.
Une journaliste chinoise venue exprès pour l’événement s’étonnait que ce genre d’accident puisse se produire en Suisse, pays de l’excellence, de la précision et de la ponctualité.
Selon un rapporteur helvétique, les explications fournies par le maître de la conférence, Monsieur Meyer, n’ont pas su convaincre la journaliste de l’Empire du milieu…
Alors si d’aventure les nuées de petits touristes jaunes se détournaient du pays des coucous pour de ferroviaires raisons, nous pourrions être sûrs que Berne ferait les investissements nécessaires pour la modernisation du réseau CFF.
J’exagère encore ? Possible.
 
Quand il fut demandé, par certains de nos politiciens, à M. Ospel, grand manitou de l’UBS, de démissionner suite à je ne sais plus quelle affaire douteuse ayant fait perdre des millions à l’établissement bancaire, celui-ci à bien rigolé. Mais le même môsieur l’avait plutôt saumâtre quelques jours plus tard, à son retour d’un conseil d’actionnaires du côté de Singapour : il a dû démissionner.
Début juin 2013, les responsables des abattoirs suisses ont décidé de tout mettre aux normes chinoises afin de pouvoir exporter directement des pieds de porcs vers la Chine, sans transiter par l’Allemagne comme c’est le cas actuellement. Une décision prise après que des experts de Pékin aient refusé, suite à une visite dans les locaux helvétiques, de délivrer une licence ‘’magique’’.
Deux petits exemples piqués dans les médias locaux qui laissent soupçonner que Pékin prend gentiment les commandes économiques, financières et politiques du monde. Mais même sans cela, il n’y a pas besoin d’avoir fait Science-Po pour savoir que quand le Parti communiste chinois s’interroge, c’est le monde entier qui se gratte la tête.
 
NEMo.

mardi 6 août 2013

Pensée sans titre

Nous savons tous que la guerre c’est moche, que les banquiers n’hésitent pas à mettre la pagaille dans la finance mondiale pour assurer leurs rentes, dividendes et autres revenus, tout comme nous avons pu nous rendre compte que la dette est certainement la plus merveilleuse embrouille à long terme que les banquiers aient mis sur pieds.
Mais sans les banquiers : Pas d’hypothèques, pas de crédits, pas de leasing ; pas de financement de projets et pas d’investissements locaux ou internationaux. Pas de territoires ravagés, de terres violées et pas de populations expropriées (ou moins de…). Pas de rébellions, de révoltes ou de révolutions et moins de police, moins d’armées.

Aujourd’hui, dans une Europe pacifiée, nous devons mettre notre argent, nos salaires, sur un compte en banque ‘’sécurisé’’ parce que bon nombre d’entre nous ont peur de se faire cambrioler leur appartement, comme c’est arrivé au voisin du voisin, ou comme on le lit à répétition dans les médias, ou de se faire agresser en pleine rue.
Alors la police devient nécessaire pour le maintient de l’ordre et la ‘’sécurité’’ des autochtones dans ces beaux pays pacifiés.
Mais à force de promouvoir le confort, la paix du travail et la bonne santé économique d’une nation, ou d’un groupe de nations, il est tout à fait normal de voir arriver des familles ou des parents qui ont tout perdus dans leur pays d’origine, venir chercher dans nos contrées de quoi nourrir leurs enfants, chercher un job qui leur redonnerait un peu de dignité (pas la dignité de travailler, mais la dignité du père ou de la mère !).

Sauf que ces gens qui viennent de loin, des pays dans lesquels nos entreprises ont délocalisé pour faire baisser les coûts du travail ou simplement des pays de nos vacances, on n’en veut pas.
On n’en veut pas trop, juste de quoi nettoyer nos rues, servir des bières, remplir les bordels et les night-clubs, faire nos ménages etc… Le surplus étant à renvoyer, le trop plein étant à maintenir loin de nos rivages. L’armée devient dès lors nécessaire pour contrôler les flux migratoires en plus de protéger cette zone pacifiée.
Une zone pacifiée devenue le domicile des hédonistes, révélant derrière ses grillages la civilisation des plaisirs. Le besoin vital est banni de nos réflexions remplacé par la démultiplication des inutiles envies quotidiennes. Je ne mange plus parce que j’ai faim, mais parce que cet aliment me fait envie ; on ne cuisine plus pour passer un bon moment en famille ou entre pote, on commande des pizze ou les invités font "Top chef" dans votre salon ; je ne m’achète pas un simple téléphone portable mais, en bonne poire, le dernier truc technologique dont je n’utiliserait pas le dixième des applications. La liste de nos inutilités égocentriques est longue…

Tout cela a un prix bien entendu. Je ne parle pas de valeur vénale mais de la Vie que nous perdons et des vies que nous condamnons. L’armée des plus forts reconquiert les anciennes colonies parce que nous avons besoin des ressources qu’elles détiennent. Les "méchants" vaincus, les spéculateurs en matières premières peuvent faire leurs ignobles marchés, soutenus financièrement en ça par nos chers banquiers.
Que des millions d’innocents, hommes femmes et enfants, meurent loin de chez nous pour garantir notre sécurité, notre santé, notre bien-être et notre confort est la condition sine qua non du protocole qui défend nos libertés tellement démocratiques, tellement individuelles. Et nous avons tous accepté ce protocole.

Pour arriver à cette capitulation de l’Homme civilisé les moyens sont aussi divers que variés.
La peur en est un. La peur de voir ces étrangers voler nos jobs, nos richesses et nos femmes ; la crainte de perdre notre pouvoir d’achat, l’angoisse de perdre ces objets qui nous définissent tant et qui témoignent de notre "rang" social.
La télévision est certainement l’outil N°1 pour entretenir nos peurs (elle introduit dans nos salons les guerres et misères lointaines et la criminalité courante) et plonger nos esprits en catalepsie, en plus d’offrir du temps de cerveau disponible à Nestlé, Coca-Cola et tous les autres.
Afin de parachever notre lobotomie, les jeux vidéos sont un allié à ne pas négliger car ils s’attaquent aux jeunes esprits en formation.
Call of duty, comme ses dérivés, banalisent la guerre, la mort sanglante de nos ennemis et la déshumanisation des conflits par l’utilisation de drones, ou autres ‘’robots’’, guidés à distance;
Gran theft auto glorifie la criminalité, la défiance de l’ordre policier établi ;
Toad, de Super Mario Galaxy 2, veut rendre le banquier sympa et trognon.
Mais il y a plus "insidieux", si j’ose : Animal Crossing, un jeu dispo pour les enfants de 3 ans et plus.
Le p’tit Nono a voulu y jouer chez sa sœur. Donc nouveau joueur = nouveau personnage (il voulait son ti bonhomme à lui).
Le jeu commence par un voyage en bus durant lequel le chauffeur pose tout plein de questions. Un petit interrogatoire sympa, dans les règles de l’art qui garde quand même pour beaucoup plus tard la question des préférences sexuelles.
Arrivé dans la ville et son personnage fictif enregistré, Nono doit trouver sa maisonnette. Dès que c’est fait, arrive Monsieur Nook, le vendeur du magasin du coin, qui lui détaille à peu près tout ce qu’il peut trouver dans ce nouveau monde (mairie, magasin, maison des amis, carte topographique, pêche, cueillette, etc…) et, point crucial, que le p’tit Nono lui doit un certain montant pour l’acquisition de sa petite maison.
Le jeu a donc débuté par un fichage et une dette !
Là, pourriez m’dire : « Arrête tes conneries, c’est qu’un jeu ! »
Possible… Comme il est possible de m’imaginer en full parano en pensant que ces jeux, dans lesquels il faut rentrer innocemment de plus en plus d’infos persos, préparent nos jeunes têtes aux futurs fichages et autres partages des données. Et j’omets volontairement de penser aux logiciels espions ou malveillants…
Bref. Pour s’acquitter de sa dette, Nook propose à Nono de venir travailler dans son magasin. Nono, du haut de ses 5 ans et demi, a refusé net. Nook n’apprécie pas et y va de son laïus pour convaincre le joueur d’accepter ses conditions. Sinon Nono ne pourra pas vraiment jouer à Animal Crossing

New Leaf, la nouvelle version du jeu d’Animal Crossing disponible sur la Nintendo 3DS, propose au détenteur de la mini disquette d’être le maître de la petite ville virtuelle : « En tant que maire, tu es libre de développer ta ville comme bon te semble et de créer de nouvelles lois pour ses habitants ».
Des habitants qui seront des potes et potesses possédant une DS3 (pas la Citroën) connectée au net grâce au wifi. Et vive la vie en ligne…
David est, pour le moment, incapable d’entretenir une relation saine avec sa copine du moment et réveille les morts dès qu’il est connecté à je ne sais plus quel jeu d’aventure (il parle très fort dans le micro de son casque), tandis que Biboune (sa sœur), qui n’est pas bavarde pour deux sous avec ses parents, est toute contente lorsque sa 3DS lui annonce qu’elle a "rencontré" X personnes dans les rues de Lausanne.
Et ce n’est pas l’unique exemple d’enfants préférant la vie virtuelle à la réalité familiale, ou de jeunes adultes, le regard figé sur un écran, absents dans le Monde qui vit.

NEMo.